CHAPITRE XV
** dans la nature qui ne soit le fruit de l'hypothèse, ** ni dans aucune science qui ne soit le fruit " du génie hypothétique. L'hypothèse, j'entends
* celle qui porte dans son sein de puissantes
* vérités, n'est que rélancement du génie vers les ** principes „ (1).
Je me pennettrai de citer encore une page de M. Naville, que je trouve admirable de justesse et de bon sens :
* L'hypothèse est donc le facteur essentiel des sciences.
* Une idée anticipée ou une hypothèse, dit M. Claude Bernard, est le point de départ nécessaire de tout raisonnement expérimental. Sans cela on ne saurait fah*e aucune mvestigation ni . s'instruire; on ne pourrait qu'entasser des observations stériles. L'affirmation est vraie pour toutes les sciences, soit expérimentales, soit rationnelles, y compris la philosophie, qui, aie bien entendre, n'est que l'expression la plus élevée de l'esprit scientifique et n'a pas de méthode spéciale.
*" Toute vérité est, isous sa forme première, une hypothèse qui n'a do valeur que lorsqu'elle e»t vérifiée et qui, lorniqu'alle eut vérifiée, devient soit
(1) BofàêM'OmjAQMn, lé» OarMani$mêf t, II, p. 3&1, cité ibid. p. â&3,
un théorème, soit une loi, soit enfin la détermination d'une classe, d'une cause ou d'un but. L'embryogénie de la science doit donc établir qu'on n'a fait ni ne fera jamais aucune découverte autrement que par une supposition. On peut bien dire, en opposant à une théorie solidement établie une simple coiyecture qui n'est ni développée, ni vérifiée : Ce n'est qu'une hypothèse ; mais dans le même sens où l'on dira d'une semence par opposition au végétal développé: Ce n'est qu'une graine. L'esprit humain produit une foule de conjectures vaines, de même que les arbres de, nos forêts produisent un grand nombre de graines stériles; mais l'hypothèse est la semence de toute vérité, et la rejeter par crainte des abus, c'est ne plus vouloir de semences parce qu'il existe des graines infécondes. La science n'a jamais fait un pas qu^au moyen de la méthode vraie, c'est-à-dire par l'emploi de suppositions justes (1); mais la théorie de la science, telle qu'on la fait générale-
(1) Je crois qu'il y a ici quelque exagération, surtout lorsqu'on applique Tidée aux sciences historiques. U est évident que la science fait un pas, et un grand pas» lorsque la découverte d'un document, jusque-là inconnu, fournit un témoignage explicite et d'une autorité incontestable au sujet d'un fait important auparavant environné de ténèbres, objet de discussions ou d'hypothèses contradictoires^que le document exhumé fait tomber du coup; et cependant la supposition n'a aucun rôle à remplir dans ce cas.