‹ Principes de la critique historiqueChapitre 122 sur 146 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ment, se trouve ici en plein désaccord avec la marche réelle de la science. On commence, de nos jours, à reconnaître sur ce point la vérité; mais si Ton consulte les logiques les plus répandues et la plupart des traités de philosophie, à l'article de l'origine de nos connaissances, on trouvera, ou l'hypothèse passée sous silence (c'est le cas de presque toutes les logiques du xvir siècle), ou l'hypothèse proscrite (c'est le cas de la plupart des logiques du xvm« siècle,) ou l'hypothèse indiquée comme un procédé auquel on est contraint de recourir en de certains cas exceptionnels et comme en désespoir de cause, lorsque les procédés réguliers de l'induction et de la déduction ne suffisent pas. Le facteur essentiel de la science se trouve donc supprimé, ou relégué dans une place secondaire, et presque toujours il est marqué d'un signe de défiance. D'où provient ce désaccord entre la marche réelle de la science et sa théorie „ (1) ?

Peut-être y a-t-il une réponse assez plausible à donner à cette question (2). L'hypothèse est un

(1) La logique de Vhypothèse, p. 13-14.

(S) Je ne crois pas quMl faille regarder comme une explication cette boutade de M. Na ville : * L'hypothèse est absolument indispensable ; il semble quelquefois qu'on ne le dit pas parce que cela va sans dire, et qu'on finit par le nier parce qu'on ne Ta pas dit „ (Ouvr. cité, p. 226). D est juste d'ajouter que cette ingénieuse réflexion Tient parfaitement à sa place, à propos de paroles, loyalement rappor-

instrument puissant sans doute, mais d'une extrême délicatesse. Il demande à n'être mis en œuvre que par des mains supérieurement, exceptionnellement habiles; dans une main inhabile ou seulement d'une habileté médiocre, il se brisera ou ne donnera que des résultats incertains ou insignifiants. De plus, les esprits supérieurs, qui savent tirer un si bon parti de Thypothèse, n'ont pas l'habitude de jeter leurs conjectures . dans le monde de la publicité aussitôt qu'ils en ont eu la première conception : ils les mûrissent par d'opiniâtres réflexions, les examinent sous toutes les faces, les soumettent à des contrôles de tout genre ; de sorte que, lorsqu'ils se décident enfin à les produire, elles apparaissent avec un tel cortège de preuves à l'appui qu'elles n'ont plus du tout l'air de se présenter comme des hypothèses, mais plutôt conune de rigoureuses déductions. Enfin, il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, d'analyser et de formuler en règles générales et pratiques les procédés par lesquels on arrive à ces magnifiques résultats.

Toutefois on peut faire sur la conjecture et sur son emploi dans la science plus d'une observation

tées par M. Naville, de vrais savants qui expriment théoriquement, souvent en termes assez durs, un suprême dédain pour rhypothèse, mais qui se sont donné d'éclatants démentis dans la pratique.

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