CHAPITRE XV
utile. M. Naville nous en a donné la preuve. Nous allons en proposer à notre tour quelques-unes, qui intéressent spécialement l'histoire.
On pourrait désirer d'être bien fixé tout d'abord sur le sens des termes dont nous avons à nous servir dans cette étude, et il faut avouer que ce n'est pas chose facile. Le Dictionnaire de l'Académie définit Vhypothèse : " supposition d'une chose, soit possible soit impossible, de laquelle on tire une conséquence. „ Hypothèse, supposition : voilà qui a bien un peu l'air d'expliquer idem per idem, et il ne faut pas être un très savant philologue pour remarquer que les éléments étymologiques de ces deux mots sont absolument les mêmes, tirés du grec pour le premier et du latin pour le second (1). Mais poursuivons notre recherche : peut-être serons-nous plus heureux à la définition du mot supposition. Hélas ! " supposer, c'est former une conjecture. „ Et une conjecture? C'est une * opinion sur une chose obscure et incertaine. „ Tout cela est loin d'être éblouissant de clarté.
M. Naville propose (2) d'établir entre ces termes
(1) On peut relever cependant une distinction fondée sur * Tusage : le terme d'hypothèse semble appartenir plutôt au langage scientifique et marquer ainsi une supposition destinée à expliquer des faits obseryés par les savants.
(2) Ouvr. cité, p. 197-198.
la distinction suivante. " La supposition est le genre; l'hypothèse et la conjecture sont deux espèces. „ Puis, la conjecture étant définie comme plus haut, ** rhypothèse sera une supposition vraie ou fausse, mais qui repose sur une base sérieuse, c'est-à-dire sur des observations réelles. „
Nous ne verrions pas grande difficulté à admettre ces définitions comme nominales, ni même à reconnaître qu'elles sont assez bien d'accord avec l'usage reçu, tant qu'on les restreint, comme le fait M. Naville, aux questions qui appartiennent à l'étude du monde de la matière ; mais déjà lorsqu'on entre dans le domaine des mathématiques pures, il faut donner aux termes de supposition et d'hypothèse un sens particulier tout différent. Pour les questions d'histoire, les définitions .de M. Naville ont le tort d'être extrêmement vagues et élastiques, de ne pas être consacrées parla laAgue de la critique, et de ne guère offrir de fondement aux principes à suivre dans l'emploi de la conjecture. Nous prendrons donc la liberté d'en essayer d'autres, mieux appropriées à notre sujet principal.
Le terme de supposition nous semble d'abord pouvoir être écarté comme appartenant au langage vulgaire plutôt qu'au langage scientifique, où il ferait double emploi avec ceux d'hypothèse et de conjecture. Parmi ceux-ci, le premier, si nous ne nous trompons, est consacré dans les sciences