‹ Principes de la critique historiqueChapitre 126 sur 146 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

en démontrent pleinement la justesse. H n'en est pas tout à fait de même dans le domaine de l'histoire. Les lois morales, qui règlent l'action des êtres libres, sont loin d'être aussi invariables dans leurs applications que les lois physiques. Aussi n'est-ce qu'avec beaucoup de circonspection qu'on peut se hasarder à dire ce qu'ont dû faire des hommes placés dans telles circonstances déterminées, et cela d'autant plus que leur action peut encore avoir subi l'influence d'autres actions libres de leurs semblables, ou de circonstances accidentelles, qui nous sont inconnues maintenant et qui ont pu modifier notablement, pour un cas donné, leurs idées et leur sentiments ordinaires.

La prudence n'est pas moins de saison quand l'hypothèse, jcomme il n'est pas si rare, se fonde principalement sur l'analogie; c'est-à-dire lorsque, pour compléter la connaissance d'un fait dont certains détails ne nous ont pas été révélés par les documents historiques, nous avons recours à un autre fait offrant une ressemblance remarquable avec ce que nous savons du premier, et que nous concluons de là à la shnilitude des particularités dont nous ne sommes certains que par rapport au second. On recommande avec raison, pour la détermination des phénomènes et des lois physiques, de ne pas se prononcer précipitamment en

se laissant guider par une apparence d'analogie, que vient trop souvent détruire ensuite presque tout à fait la manifestation de circonstances bien petites en elles-mêmes et se dérobant d'abord aux yeux de l'observateur le plus exercé et le plus attentif. Combien plus de précautions y a-t-il à prendre lorsqu'il est question d'agents libres et de lois morales ! Et néanmoins il faut bien se garder aussi de rejeter absolument ce moyen d'investigation. Il peut rendre de précieux services dans des mains habiles.

Nous ne voyons pas d'autres règles à donner pour mettre sur la voie des bonnes conjectures. La conjecture est avant tout affaire d'inspiration, et coriiment tracer des règles à l'inspiration? Quant au travail de vérification qui suit l'inspiration première, il suppose avant tout, pour être fécond et sûr, un vaste fonds de connaissances acquises qui puissent en fournir les éléments; puis les qualités et les dispositions que nous avons énumêrées, dans le second chapitre de ces études, comme indispensables pour la rectitude du jugement critique. Ajoutons à cela une ou deux observations spéciales, que nous tâcherons de rendre plus claires par des applications.

Le nom de M. le commandeur J.-B. de Rossi vient naturellement se placer sous la plumé lorsqu'il s'agit de citer des exemples de conjectures

Page 1