‹ Principes de la critique historiqueChapitre 127 sur 146 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ingénieuses et solidement établies. Panni ses nombreuses et belles découvertes, qui se présentèrent d*abord à lui sous forme de suppositions, nous choisirons une des plus remarquables, où la sagacité de son esprit s'est particulièrement révélée. Des textes historiques d'une authenticité incontestable lui avaient manifesté l'existence, dès le troisième siècle, en pleine ère des persécutions, d'une communauté chrétienne rcconjiue par l'autorité publique, possédant légalement des épflises et des cimetières ; et cela en présence des lois qui défendaient sévèrement l'introduction de religions nouvelles et les associations de tout genre, lois que le célèbre jurisconsulte Ulpien, au commencement de ce troisième siècle, avait réunies en un seul corps pour en presser l'exécution contre les chrétiens. Comment s'expliquer cette étrange situation? A force d'y penser, comme disait modestement Newton à propos de la découverte de la loi de la gravitation, mais surtout, sans doute, par cette perspicacité du génie qui faisait aboutir les réflexions de Newton à une lumière qui était restée cachée jusqu'à lui à tout le monde, — le célèbre archéologue en vint à supposer que les chrétiens avaient pu trouver dans l'arsenal des lois romaines quelque texte qui leur permettait de se soustraire, à certains égards, à la rigueur des autres. Son immense érudition est aussitôt appelée

à vérifier la conjecture. Grâce à elle, les preuves à Tappui se multiplient, et transforment bientôt l'hypothèse en une induction, qui nous semble laisser peu de doute dans Tesprit.

C'est d'abord une loi très vague du Digeste, par laquelle permittittir tmuiorïbus stipem menstruam conferre^ dum tamen semel in même çoeant : quod non tantum in TJrhe, sed et in Italia et inprovinciis locum habere Divus Severus rescripsit. C'est ensuite une inscription trouvée à Lanuvium et révélant un sénatus-consulte où il est dit : Qui stipem menstruam conferre volent [in fune] ra in it [id] collegium coeant... [con] ferendi causa unde defunçti sepeliantur. Cette inscription en fait comprendre une foule d'autres, où il est question de corporations (corpora, collegia) s'intitulant : cultores Jovis^ ctdtores Herculis, Apollinis, etc., possédant en commun une area ou champ de sépulture pour leurs membres, fournissant aux frais de leurs funérailles moyennant une contribution mensuelle régulièrement payée par eux durant leur vie, et célébrant les anniversaires de leur mort par des repas funéraires pris en commun.

Rapprochons maintenant de ces textes un passage de V Apologétique de TertuUien, où il rend compte de l'organisation de la communauté chrétienne : Edam jam nunc ego, dit-il, ipsa negotia factionis chrisUan^,.. Corpus sumus de conscientia

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