‹ Principes de la critique historiqueChapitre 131 sur 146 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

pas croire que la fameuse Pragmatique est l'œuvre d'un de ces légistes précurseurs de Guillaume de Nogaret, de Pierre Flotte et de Pierre Dubois, proposée peut-être au conseil royal, mais aussitôt rejetée par le pieux Louis IX? Dès lors, elle serait allée s'enfouir dans les cartons des archives et y dormir jusqu'à ce qu'elle tombât sous la main d'un autre légiste du xv® siècle, à la recherche de tout ce qui pouvait oflfrir alors quelque appui aux prétentions de la cour de France contre le Saint-Siège. Celui-ci se serait empressé de la produire triomphalement comme une véritable ordonnance de S. Louis, avec cette mauvaise foi de la passion si ordinaire dans cette classe d'hommes et dans ce genre de questions, en ajoutant peut-être à la minute une indication exacte de date et quelque autre menu détail nécessaire pour lui donner sa forme définitive. Et les prélats du concile de Bourges de 1438, fort disposés déjà à sanctionner les empiétements de l'autorité royale sur les droits de l'Église, ne se seraient pas montrés trop scrupuleux dans l'examen d'une pièce qui établissait un précédent si favorable aux idées gallicanes et que le nom vénéré de S. Louis revêtait d'une si grande autorit é.

Nous n'avons pas besoha d'insister pour faire voir combien cette supposition répond aisément à toutes les raisons produites en sens contraires par

les adversaires et par les défenseurs de la Pragmatique. Présente-t-elle- quelque difficulté qui lui soit propre ? Nous n'en voyons pas pour le moment, tout en confessant que, faute de loisir, nous n'avons pas fait toutes les recherches nécessaires pour ne conserver aucune crainte à cet égsurd. Elle nous aura servi, en tout éas, à rendre plus claire l'observation que nous voulions présenter ici à noslecteurs.

Une dernière recommandation que nous ne croyons pas devoir négliger. Elle tend à prémunir les esprits aventureux et peu expérimentés dans les explorations scientifiques contre les séductions que peut leur offrir la conjecture. Qu'ils prennent garde de se laisser entraîner par une illusion, trop ordinaire chez eux, en se figurant qu'ils vont faire avancer la science à grands pas, rien que par la puissance de leur imagination et de leur génie, avant d'avoir passé par les pénibles labeurs de l'érudition. Assurément tous les érudits ne font pas de brillantes découvertes au moyen d'heureuses hypothèses, tant s'en faut; mais il n'y a guère que les érudits qui arrivent à cette bonne fortune. Ici comme ailleurs, rien de solide ne s'obtient qu'au prix du travail et de la patience.

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