CHAPITRE XVII
Des argumente à priori.
. Ce titre va sans doute surprendre nos lecteurs. Les arguments à priori! Faut-il les mentionner autrement que pour les chasser ignominieusement ou les écarter avec dédain du champ des recherches historiques ? Nous-même n'avonsnous pas protesté contre leur intrusion dans nos études (1) ? Est-il des circonstances où un critique sérieux puisse les tolérer?
Prenons garde d'être trop absolus : nous risquerions de tomber dans d'étranges inconséquences. Aucun critique sérieux se refusera-t-il a reconnaître le poids de l'argument qu'on tire contre l'authenticité de la Pragmatique Sanction attribuée à saint Louis, de l'impossibilité de concilier cette ordonnance avec la piété coimue du grand roi? Peut-on se dissimuler pourtant qu'il y ait là un véritable argument à priori?
(1) Comp. plus haut p. 37.
Citons encore un autre exemple. Les partisans de l'opinion qui fait remonter la succession des évêques dans plusieurs églises de France jusqu'aux temps apostoliques, ne peuvent invoquer enfaveur de leur opinion des textes anciens et précis s'appliquant à chacune de ces églises, mais seulement des témoignages généraux, particulièrement de saint Irénée, de Tertullien et d'Orîgène, qui nous parlent d'églises chrétiennes répandues dans les Gaules, dans la Germanie et dans la Grande-Bretagne. Ces témoignages ne mèneraient à rien si on n'établissait enmême temps que ces églises étaient régies par des évoques à siège fixe, ayant une étendue de juridiction déterminée; car la question n'est pas de savoir s'il y eut des chrétiens dans les Gaules dès le premier siècle de notre ère, mais d'établir que leurs églises étaient hiérarchiquement organisées. Or comment s'efforce-t-on d'arriver à conclure en faveur de l'origine apostolique d'une organisation régulière et tout à fait conforme à celle qu'on a pu constater plus tard? Principalement, presque uniquement, en montrant, par •l'histoire de la prédication apostolique dans les pays où les textes anciens permettent de bien la suivre, que partout le premier soin des Apôtres et de leurs premiers disciples, dès qu'ils avaient formé im troupeau de fidèles dans une ville, était de l'organiser en église hiérarchiquement constituée,