CHAPITRE XVU
catholiques. Ils savent très bien distinguer quand il y a lieu à supposer cette possibilité pour un cas particulier, — et ces cas ne sont pas fréquents; — ils savent aussi qu'ils doivent demander alors, pour afOrmer le miracle, une surabondance de preuves qu'ils n'exigeront pas lorsqu'il s'agit d'un fait entièrement d'accord avec les lois physiques. Nous pouvons en toute sûreté renvoyer aux procès de canonisation pour montrer comment cette règle est comprise par le tribunal le plus respectable aux yeux des catholiques.
n ne sera pas superflu d'ajouter qu'il est prudent de ne pas trop s'empresser de se prononcer sur l'impossibilité physique d'un fait Les lois de la nature ne sont pas toutes si parfaitement connues qu'on ne puisse craindre de confondre à cet égard un fait étrange ou nouveau avec un fait impossible.
Les lois morales sont plus délicates à déterminer et moins absolues dans leurs applications que les lois physiques. La liberté a des mystères plus cachés encore que ceux de la nature matérielle. Par conséquent, avant de conclure à l'impossibilité morale d'un fait, il faut considérer avec attention s'il n'y a pas quelque curconstance, peut-être fort minime en elle-même, qui ait pu exercer accidentellement sur quelqu'un une influence assez considérable pour le faire agir dans un sens
Opposé au conrant habituel de ses idées et dé ses sentiments. Ces exceptions aux loiâ morale» sont plus rares pour les multitudes ; elles se présent tetit plus facilement pour des individus. Eitc(»*e néanmoins faul-îl se garder de les supposer à la légère.
Le désaccord avec une loi appartenant à Tune des trois classes mentionnées plus haut ne va pas toxyours jusqu'à rendre le fait absolument impoS'sible: souvent il n'arrive qu'à mettre l'esprit plus ou moins en défiance. Il n'en sera tenu aucun compte, bien entendu, lorsque la vérité du fait est appuyée d'ailleurs sur des témoignages d'una autorité irrécusable. Mais si les témoignages n'ont pas cette valeur qui impose la coimction à l'esprit, le fait deviendra d'autant plus improbable qu'il sera plus difficile de le conc&ier aves des lois générales dûment établies.
D'un autre côté aussi, l'accord complet et firappant d'un fait avec toutes les lois physiques et morales, ce qu'on peut appeler sa vraisemblance, sa probabilité intrinsèque et positive, forme quelquefois un véritable argument en sa faveur, et cet argument pourra suppléer dans une mesure plus ou moins large au poids d'ailleurs fort léger des textes apportés comme preuve de sa réalité. Ceci n'est vrai toutefois que lorsque la probabilité extrinsèque est en somme bien c(mstatée« ai le
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fait est nié foimeU^oient par des témoins compé^ tents ou qu'on puisse lui opposer un argumoit n^tif équiYalant à de pareils témoignages, sa vraisemblance intrinsèque ne Tempëchera pas d'être rejeté par le critique.
L'argument à priori est surtout invoqué pour appuyer ou pour combattre une coiqecture : assez souvent même la coi\fecture se confond avec lui. C'est, en effet, en se rendant compte de ce qu'ont dû faire tels personnages placés dans telles circonstances, qu'on arrive à deviner ce qu'ils ont fait réellement, et ensuite à recueillir bien des indices plus précis, qui confirment et établissent d'une manière pleinement satisfaisante ce qu'on avait d'abord entrevu par un effort d'imagination.
Mais, ayons le courage de le répéter, — car c'est ici particulièrement que cette observation vient à propos, — qu'on se souvienne toiqours qu'une simple possibilité, une non-répugnance ne doit pas être regardée comme l'équivalent d'une probabilité positive, de même que la simple ignoance des causes ne constitue pas une improbaoilité, bien moins une impossibilité quant à un effet suffisamment constaté par des preuves directes. Les esprits superficiels ou passionnés sont fort exposés à ce genre de confusions.
Ajoutons encore que nous ne pouvons consentir à ranger parmi les arguments à priori valables