CHAPITRE H
remarquer plus bas, nous sommes loin d'avoir une certitude scientyique complète sur tous les faits de rhistoire. Bien souvent nos recherches n'aboutissent qu'à établir une probabilité insuffisante à fker l'assentiment de l'esprit entre des avis contraires. Dans ces occasions, les catholiques fervents s'en tiendront en général à l'opinion qui se trouve le mieux en harmonie avec leurs sentiments de piété filiale envers l'Église et avec les enseignements de ses docteurs. Faut-il blâmer cette disposition ? A Dieu ne plaise. Tout ce que nous prétendons au noto de la science, c'est qu'on ne se fasse pas volontairement illusion au point d'exagérer le degré de certitude du fait ainsi admis; qu'on sache, quand il s'agit déjuger de la valeur des jnreuves, se mettre un instant à la place de ceux qui n'ont pour la religion ni haine ni amour, pour se demander si tel texte, tel raisonnement doit logiquement les amener à la conclusion que nous sommes tentés d'en tirer, et si nous admettrions cette conclusion comme certaine, lors même qu'elle nous serait contraire. C'est l'unique moyen de ne pas s'égarer ; et ce cabne, cette apparence de froîdeiu* dans l'appréciation des documents historiques, loin d'être en opposition avec les sentiments de la piété la plus sincère et la plus ardente, en sera comme im fruit naturel, si elle est
en même temps courageuse et éclairée.
Cette manière de procéder s'impose d'ailleurs d'autant plus irrésistiblement aux champions de la vérité catholique, qu'ils ne peuvent s'empêcher de reconnaître chez la plupart de leurs adversaires, — il y a encore plus d'une exception hélas ! — un véritable progrès sous ce rapport. Les fougueuses diatribes contre l'Église deviennent de plus en plus de mauvais ton parmi ceux d'entre eux qui se piquent de science sérieuse (1). Ils consentent à lui rendre un peu mieux justice, du moins quant à son passé, et se donnent ainsi aux yeux des indifférents un air d'équité propre à séduire. Ne leur laissons pas cet avantage. Continuons à défendre notre drapeau avec énergie, mais sans paraître jamais céder aux entrsunements d'uiie aveugle passion, sans vouloir imiter, dans le sens chrétien, ce voltairianisme décrépit qui a trop longtemps maintenu son empire en remplaçant ce qui manquait à la solidité de ses preuves par le ton tranchant de ses affirmations.
(1) Nous nous permettrons de rappeler encore une fois que nous écrivions ces lignes avant 1870. Depuis lors, malheureusement, on est loin d'être en procès, dans le camp des incrédules, pour ce qui regarde Téquité envers TÉglise catholique. U est bien entendu aussi que nous n'avons jamais voulu comprendre dans cet éloge relatif les journaux et les revues qui ont plus ou moins ostensiblement pour objet principal de combattre Tinfluence de TËglise sur les âmes, et qui se sont singulièrement multipliés dans ces dernières années.