CHAPITRE II
Ce n'est pas que nous reconnaissions aux écrivains anti-chrétiens de notre temps, même aux plus modérés, le mérite de se trouver parfaitement en règle avec les exigences de la saine critique. Nous avons à leur reprocher un autre défaut non moins nuisible à ses droits. Il consiste à prendre pour point de départ de leurs études historiques certains principes prétendus philosophiques dont Tévidence est loin d'être démontrée et universellement admise. C'est ainsi, on le sait, que dans l'appréciation des faits relatifs àl'histoire de la religion, ils posent comme un axiome fondamental l'impossibilité de l'intervention surnaturelle de la divinité dans les affaires de ce monde. Combien y en a-t-il parmi eux qui aient étudié sérieusement cette grande question, et ne se soient décidés à rejeter ainsi la croyance presque universelle du genre humain qu'après s'être rendu exactement compte des arguments apportés contre elle et des réponses opposées à ces arguments ? Assurément, pour ne rien dire de plus, le nombre en est bien petit. Et néanmoins, ce formidable posttUattim constitue la base de leurs conclusions critiques. De par lui, toute tradition, écrite ou non écrite, qui suppose un miracle ou un élément surnaturel quelconque, est déclarée fausse ou du moins ne peut être acceptée comme littéralement vraie. Inutile de discuter les caractères d'authenticité et
de véracité des documents qui la rapportent.Peutetre y sont-ils tout aussi satisfaisants que dans les ouvrages attribués à la même époque et Regardes par le sentiment unanime des érudits comme dignes de toute confiance, peut-être y sont-ils bien plus frappants encore. Rien n'y fait : la présence du surnaturel gâte tout. Le travail de Thistorien doit se réduire désormais à rechercher comment les hommes ont pu se laisser abuser si lon^emps. Les uns n'y verront que le fruit d'une habile imposture, dont le succès a été favorisé par l'ignorance et la grossièreté de ceux qui en furent les victimes. Les autres, affectant des vues plus profondes, y reconnaîtront un vaste système de symboles, de mythes, de légendes, dont la construction a demandé un effrayant génie et le travail de plusieurs siècles. Vainement la naïveté et la trame si simple du récit, aussi bien que le caractère des temps assignés à sa rédaction, semblent-ils donner un démenti éclatant à ces audacieuses conceptions. Vainement objecterez-vous à leurs auteurs l'absence de tout témoignage historique et les défierez-vous de trouver aucun vestige de ces transformations si curieuses par lesquelles a dû passer le système pour arriver à sa perfection. On vous répondra qu'il y a en effet encore beaucoup d'obscurités répandues sur les origines des traditions religieuses, qu'il reste bien des difflcul-