‹ Principes de la critique historiqueChapitre 18 sur 146 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

tés à résoudre dans les idées proposées, mais enfin qu'il faut absolument admettre ces idées ou d'au* très semblables pour éehapper à la nécessité de recourir à des causes surnaturelles. N'allez pas insister en demandant s'il ne serait pas plus rationnel d'établir d'abord la vérité ou la fausseté des faits par les procédés ordinaires de la critique historique, pour examiner ensuite ce qu'il faut penser de leur caractère. Non, la discussion n'est pas admise sur ce point. Plutôt les hypothèses les plus arbitraires et les plus violentes qu'une concession quelconque dans le sens de la possibilité du surnaturel C'est le dernier mot (1). Nous pourrions citer aussi plus d'un exemple dans l'histoire ecclésiastique où des questions de faits ont été résolues àj^r/ori par l'application d'un principe de théologie plus ou moins certain. Rien de plus funeste à l'esprit de la critique que cette déplorable méthode. EUe aveugle souvent bien plus encore que les affections les plus ardentes, et le mal est d'autant plus grave que le calme et la logique avec lesquels on avance dans les déductions donnent une paix trompeuse à la conscience de l'écrivain et en imposent facilement au lecteur trop confiant qui l'a pris pour guide. Cependant,

(1) Gomp. Le surnaturel et les miracleSy dans VExamen critique de la Vie de Jésus de M, Renan, par Mgr Freppel (2« édit., p. 39-55).

38 PRUIGIPES DE LA GTOTIQUE

pour pea que le prindpe soit faaa ou mal entendu, Unitrédifice des conclusions sera ruineux. Le travail pénible au prix duquel fl aura été élevé sera entièrement perdu. Et ctoilon que celui qui Ta entrepris Se résigne fàcflement à reconnaître sa faute et à recommencer sur nouveaux frais? Non, assurément : un courage si héroïque est rare. D s'obstinera plutôt à affirmer que la construction est sans défauts, il refusera d'examiner de près la faiblesse de ses fondements et, grâce à la connivence des amis et des. dupes, il parviendra longtemps encore à défendre comme une acquisition précieuse pour la science un résultat que celle-ci se voit ou se verra bientôt obligée de battre en brèche. En attendant elle aura une fois de plus été arrêtée dans sa marche et détournée de sa voie ; un temps précieux et de puissants efforts auront été dépensés en pure perte.

On ne saurait trop se garder de ces vagues préji:^és acceptés aveuglément sous l'empire des influences d'éducation, de parti ou d'entourage. Ils frappent de stérilité une foule de travaux historiques péniblement éclos. Nous irons plus loin. Supposons même que l'évidence d'un principe philosophique ou théologique ne laisse rien à désirer et que la connexion entre la vérité de ce principe et celle de tel ou tel fait soit également certaine, il ne sera pas moins prudent de l'écarter

Page 1