CHAPITRE II
en abordant l'examen des faits (1). Sans cela on courra toujours risque de s'abuser. L'esprit humain n'est que trop porté à regarder comme prouvé ce qu'il a déjà admis comme certain. Les moindres probabilités lui semblent alors des arguments irréfutables, et l'hésitation à reconnaître leur valeur démonstrative est prise pour une marque évidente de mauvaise foi ou de faiblesse d4ntelligence.Que sera-ce si l'opinion que l'on combat part d'un principe opposé? La controverse se réduira bientôt à un échange de récriminations irritantes, jusqu'à ce que, de guerre lasse, chacun se retire de la lutte plein de mépris pour son adversaire et plus convaincu que jamais de son bon droit. Ainsi les dissidences s'enveniment de plus en plus, il se forme comme un chaos d'affirmations et de prétentions contraires où plus rien ne seperçoitnettement,et la vérité est impuissante à prévaloir sur cette confusion, parce qu'on refiise de se placer au seul point de vue d'où il serait possible de la montrer à tous les regards.
Ce point de vue se trouve par la détermination exacte de ce qui nous est clairement révélé sor le £adt en question et sur ses circonstances par FatitO' rîté des documents historiques. Les textes et autres
(1) Voir cependant ee que nom difons ]4iis ban, ait diapw XVn, des arg^nmenU à pHùH.
monuments originaux, voilà les seules armes, les seuls instruments du vrai critique pour se frayer un chemin à la vérité. Sa seule préoccupatiop sera d^abord de mettre leurs indications en lumière par une discussion complète et impartiale, dégagée de toute assertion vague ou susceptible d'être renversée par une dénégation qu'il ne puisse aussitôt convaincre d'être en opposition avec le bon sens. Sa marche sera lente peut-être, il s'arrêtera quelquefois longtemps avant de faire un pas ; mais chacun de ses pas sera assuré et le rapprochera infailliblement du but. Et lorsqu'il sera arrivé ainsi à la connaissance certaine du fait et qu'il pourra y conduire les autres par la même voie, alors seulement il s'attachera à en apprécier le caractère, à en montrer les différents aspects et les ressources qu'il offre pour établir d'autres vérités d'un ordre plus élevé. Si ses vues sont justes, elles s'imposeront peu à peu à tous les hommes de bonne foi. Une lutte très vive pourra s'engager à leur sujet, des tiraillements en sens divers pourront se produire ; mais toujours, ou presque toujours, il aura le moyen de ramener ceux qui s'égarent en les rappelant à la considération attentive du fait établi et de ses preuves-. En tout cas, ce fait restera comme une conquête assurée de la science, et tôt ou tard il servira de point d'appui pour de nouvelles découvertes.