‹ Principes de la critique historiqueChapitre 24 sur 146 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

rintelligence des textes de la Bible où cette histoire se trouve consignée? Non, et c'est là une seconde erreur de fait plus coupable que la première, parce qu'elle ne tient pas, comme celle-ci, à des notions trop incomplètes sur des matières plus ou moins délicates pour celui qui n'est pas familiarisé avec elles, mais à une légèreté d'examen vraiment impardonnable lorsqu'on s'avise d'écrire sur une pareille question. Pour éviter toute équivoque, rappelons d'abord un principe d'équité que M. Vacherot a lui-même invoqué dans son article. Quand il s'agit de juger les traditions d'une école scientifique, il faut consulter les enseignements de ses maîtres les plus illustres, acceptés comme tels par tous ceux qui prétendent lui appartenir, et il est souverainement injuste de la rendre responsable des torts et des aberrations de quelques-uns de ses représentants moins avoués. Nous réclamons pour la théologie le bénéfice de cette règle. Si quelques théologiens ont voulu expliquer les textes de la Genèse dans un sens inconciliable avec les progrès des sciences naturelles, la théologie peut les récuser avec tout autant de droit que M. Vacherot prétend en avoir à repousser, au nom du rationalisme anti-chrétien, les hypothèses par trop hasardées de M. Renan. Il suffit pour sa justification, qu'elle puisse montrer combien cette exégèse étroite est peu d'accord

avec les principes de ceux qu'elle reconnaît comme ses docteurs les plus autorisés. Or, cette justification, il est facile de la fournir. Personne ne refusera assurément de ranger parmi les grandes lumières de la théologie saint Augustin et saint Thomas d'Aquin. Eh bien! ces deux illustres docteurs ont proclamé, à l'occasion, la pleine indépendance des sciences naturelles pour tous les faits qui sont de leur ressort, et blâmé la témérité de ceux qui voulaient prononcer sur ces faits au nom du dogme et de la sainte Écriture, au lieu de chercher comment on peut concilier le langage de l'Église et des écrivains inspirés avec les résultats bien constatés de ces sciences.

Voici comment s'exprime à ce siget le grand évêque d'Hippone : " Il n'est pas rare de ren-

* contrer des hommes étrangers à notre sainte ^ religion qui possèdent certaines notions sur ** la terre, le ciel et les divers éléments de cet " univers. Des raisonnements et des observa- ** tions d'une justesse incontestable les ont mis " à même de se faire une idée du mouvement ** et des révolutions des corps célestes, et même

* de leur grandeur et de leurs distances. Ils sont

* parvenus aussi de cette manièi'e à se rendre " compte des phases du soleil et de la lune, du " retour périodique des phénomènes qui mar- ' quent la mesure des temps, des caractères et

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