CHAPITRE m
* des propriétés des substances minérales, des ^ plantes et des animaux, et d'une foule d'autres
* choses semblables. Que doivent-ils dire dès lors
* quand ils entendent un chrétien, parlant de ces " matières d'après les notions qu'il prétend avoir
* puisées dans les saintes lettres, se tromper du
* tout au tout et donner dans des extravagances
* si grossières qu'ils ont peine à garder leur
* sérieux ? C'est là un scandale des plus honteux
* et des plus dangereux, et il faut l'éviter à tout " prix. Qu'un chrétien se fasse railler en défendant ** des opinions fausses, la chose n'est pas de bien
* grande conséquence ; mais le mal est qu'on livre '^ ainsi au ridicule nos auteurs sacrés, en faisant
* croire à ceux qui ne partagent pas nos croyances
* que ces erreurs se trouvent enseignées chez
* eux. . . Ce que la témérité de ces présomptueux " interprètes crée de difficultés et cause de ** chagrin à leurs frères plus prudents, c'est ce
* qu'on ne saurait assez dire (1). „ On sait d'ail-
(1) Plerumque enim accidit ut aliquid de terra, de cœlo, /
de csetéris mundi hujus elementis, de motu et conversione '^ vel etiam magnitudine et intervallis siderum, de certîs defectibus solis ac lunse, de circuitibus annorum et temporum, de naturis anîmalium, fruticum, lapidtim, atque hujusmodi cœterîs, etiam non christianus ita noverit ut certissima ratione vel experientia teneat Turpe est autem nimis et pernicîosum ac maxime cavendum, ut christianum de his rébus quasi secundum christianas litteras loquentem ita
leurs que saint Augustin poussa la liberté d'interprétation jusqu'à regarder comme plus probable que Tœuvre de la création s'est faite en une seule fois, malgré le récit du premier chapitre de la Genèse, où elle semble si clairement distribuée en six jours ou périodes.
Saint Thomas d'Aquin adopte franchement les mêmes idées. Le général de son prdre l'ayant prié de résoudre une série de questions dont plusieurs étaient plutôt du domaine de la physique que de celui de la théologie, il a soin tout d'abord de faire remarquer cette circonstance, et il ajoute cette sage observation : ** Il est très dangereux ** d'afSrmer ou de nier des choses de ce genre, qui ** n'ont aucun rapport avec la doctrine sacrée, ** comme si elles en relevaient. „ Puis, après avoir cité un passage des Confessions de saint Augustin, ainsi que celui de son commentaire littéral sur la Genèse que nous avons rapporté tout à l'heure, il conclut en ces termes : " Ce qu'il y a donc de plus "* sûr, à mon avis, c'est de proposer les idées com- '^ munément reçues dans les sciences naturelles,
delirare quilibet infidelis audiat, ut, quemadmodum dicitur, toto cœlo errare conspiciens, risum tenere vix possit. Et non tam molestum est quod errans homo deridetur, sed quod auctores nostri ab eis qui foris sunt talia sensisse cre-
duntur Quid enim molestiae tristitiaeque ingérant pruden-
tibusfratribustemerarii praesumptores, satis dici nonpotest {De Genesi ad liU,^ lib. I, cap. xix, n. 39).