‹ Principes de la critique historiqueChapitre 30 sur 146 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

d'évidence n'appartient aux faits de Thistoire. Reste l'évidence morale. Celle-ci repose sur la constance des lois morales, c'est-à-dire des lois qui régissent l'activité des êtres doués d'une volonté libre (1). Du reste ces lois elles-mêmes, en tant qu'elles servent de fondement à l'évidence dont nous nous occupons, se réduisent en définitive à une seule, qui peut être énoncée ainsi : l'homme a une inclination naturelle à reconnaître et à afSrmer la vérité, et il ne se laissera aller à l'erreur, et surtout à l'imposture, que lorsqu'il y sera poussé par des affections ou des intérêts assez puissants pour entrefer la volonté libre en sens contraire. Chaque fois donc qu'on aura sur un fait donné un ensemble de témoignages conformes tellement nombreux, et fournis par des hommes placés dans des circonstances si diverses, qu'il est tout à fait impossible de supposer des intérêts ou des affections quelconques, qui aient égaré leur intelligence ou perverti leur volonté de manière à leur faire commettre ou à leur faire affirmer à tous la même erreur, on possédera l'évidence morale de ce fait.

L'histoire peut-elle revendiquer au moins ce genre d'évidence ? En général, non. Son domaine serait par trop restreint, s'il fallait le limiter aux

(1) Gomp. plus bas chap. XVII.

faits qui se présentent avec un tel cortège de témoins. Cependant, en dehors des trois espèces d'évidence indiquées, certains philosophes ne consentent pas à en admettre d'autre qui mérite véritablement ce nom. Tout au plus daignent-ils mentionner, en passant, une évidence morale improprement dite, qui consiste dans une probabilité plus ou moins grande de la vérité d'un fait, probabilité qui n'est pas absolument incompatible avec la non-existence de ce fait, mais dont un homme prudent se contente dans la pratique de la vie, et sur la foi de laquelle il n'hésite pas à prendre des déterminations de la plus grande conséquence. Encore ont-ils soin d'avertir que le terme d'évidence morale est ici tout à fait équivoque, c'est-à-dire que la susdite probabilité n'a avec l'évidence véritable aucun caractère commun qui justifie l'application d'ime même dénomination. S'ils consentent à lui donner rnie place dans leurs traités de logique, c'est pure complaisance pour des manières de parler vulgaires, que des esprits philosophiques seraient en droit de bannir de leur langage.

Si nous ne craignions de nous aventurer témérairement sur le terrain de la philosophie pure, nous serions bien tenté de présenter quelques objections à rencontre de ces sévères théories. Nous dirions, par exemple, qu'il y a des faits d'une

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