‹ Principes de la critique historiqueChapitre 32 sur 146 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de rétorquer cette espèce de reproche contre ceux (çii aiment surtout à nous le faire. Soyons généreux, et n'examinons pas comment se comportent à cet égard la philosophie, la théologie et même les mathématiques, dès qu'elles quittent le terrain des théorèmes abstraits pour celui des applications. Bornons-nous à faire remarquer que les sciences cultivées actuellement avec le plus d'ardeur et auxquelles les brillants progrès réalisés depuis quelques années permettent de prédire le plus splendide avenir, comme la géologie, l'astronomie physique et la philologie comparée, ne peuvent revendiquer aucune supériorité sur l'histoire quant à la certitude de leurs conclusions. Les résultats obtenus par ces sciences n'en sont pas moins considérés, à juste titre, comme des acquisitions importantes de l'esprit humain ; et leurs superbes rivales, qui prétendent ne relever que de l'évidence métaphysique ou physique, pourraient se croire heureuses si elles parvenaient à produire, au moyen de leurs démonstrations serrées, des convictions aussi nettes et aussi fermes que celles qu'elles affectent parfois d'accueillir avec dédain.

Mais ce n'est pas pour avoir l'occasion de faire un plaidoyer en faveur de notre science favorite que nous avons entamé cette petite discussion sur les divers genres d'évidence. Notre but est plus

sérieux et plus pratique. Nous tenons surtout à signaler, en appelant sur cette observation toute l'attention de nos lecteurs, la grande différence qui se trouve entre la méthode à suivre dans les sciences qui ont pour objet principal la connaissance des faits, et celle qui convient aux sciences purement rationnelles. Ces dernières procèdent à peu près uniquement par voie de syllogisme. Chaque vérité nouvelle dont elles s'enrichissent se présente comme une conséquence rigoureuse de vérités plus générales déjà connues et acceptées comme certaines. Pour les empêcher d'admettre une conclusion, il suffit que celle-ci ne sorte pas nécessairement des prémisses posées, ou, en d'autres termes, que la vérité de ces prémisses puisse subsister sans entraîner nécessairement la vérité de la conclusion qu'on voudrait en tirer. Il en est tout autrement pour les sciences de faits. Celles-ci ne réussissent que bien rstrement à établir leurs thèses par ces formes de raisonnement qui peuvent se traduire plus ou moins immédiatement en syllogisme, et imposer une conviction irrésistible à quiconque connaît les lois de la dialectique et sait les appliquer. En général, pour faire accepter leurs preuves, elles doivent en appeler à ime certaine faculté d'appréciation morale des choses, — faculté d'intuition plutôt que de déducT

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