‹ Principes de la critique historiqueChapitre 35 sur 146 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

démonstration dépend très souvent de la multitude des indices divers, dont chacun en particulier ne suffirait pas à déterminer une conviction prudente quant à la certitude du fait discuté, mais dont le concours est inexplicable dans la supposition de sa fausseté. Or les esprits familiarisés seulement avec les méthodes de la philosophie scolastique sont fort exposés à tomber ici dans une déplorable méprise. Enfin voici un troisième écueil sur lequel ils courent risque d'échouer. Une thèse philosophique ou théologique ne sera reconnue par eux comme suffisamment établie que lorsqu'ils pourront résoudre toutes les objections qu'on y oppose. Une telle exigence s'explique, si excessive qu'elle puisse être. Là où toutes les données du problème sont fournies par l'intelligence, celle-ci ne se déclarera jamais entièrement satisfaite, elle se regardera comme obligée de suspendre plus ou moins son jugement sur la vérité d'une théorie, tant qu'elle n'aura pas trouvé le moyen de la mettre d'accord avec tous les principes déjà admis comme certains. Dans les questions de fait, au contraire, on peut avoir des éléments de conviction tels que l'hésitation ne soit plus permise, et cependant ne pas être en mesure de montrer directement que les difficultés apportées contre l'opinion qu'on adopte n'ont en elles-mêmes aucune valeur. L'impossibilité de

les réfuter provient souvent de l'ignorance d'un détail qui sera révélé plus tard par des documents encore inconnus et qui donnera la clé du. mystère actuellement insoluble. Des esprits qui ne sont que métaphysiques semblent quelquefois incapables de saisir cette réflexion si simple ; ils se croient autorisés à chanter victoire dès que le critique ne peut expliquer complètement une difficulté qu'ils opposent à ses conclusions, d'ailleurs parfaitement établies.

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