CHAPITRE V
Connaissance des sources. Idée générale.
Il reste maintenant à déterminer les procédés qui peuvent nous mettre à même d*acquérir une connaissance moralement certaine des faits de rhistoire et les précautions à prendre dans l'emploi de ces procédés. C'est là évidemment l'objet des règles de la critique historique.
Le moyen le plus naturel et le plus ordinaire do nous instruire des événements qui se sont passés loin de nous, c'est l'autorité des hommes qui ont été les témoins de ces événements ou qui les ont appris eux-mêmes des témoins immédiats. Le premier soin du critique, lorsqu'il voudra se rendre compte d'un fait de l'histoire, sera donc de recueillir les témoignages qui nous ont transmis ce fait ou quelques-uns de ses détails. Pour cela, il lui faut préalablement une connaissance aussi complète que possible des sources historiques, c'esUà^ dire des monuments où se trouvent consignés les
témoignages propres à nous mettre au courant du passé. Nous avons déjà suffisamment insisté sur l'importance de cette partie principale de l'érudition (1). Elle forme la base indispensable de la science historique. C'est bien le cas de répéter à tous ceux qui aspirent à la gloire de contribuer aux progrès de cette noble science :
Noctuma versate manu, versate diurna.
Cependant, nous ne voudrions pas conseiller aux jeunes gens peu habitués aux recherches historiques de commencer l'étude d'un fait ou d'une époque de l'histoire par la lecture de tous les documents originaux qui s'y rapportent, surtout si ces documents ont une certaine étendue. Pour y distinguer les détails qui doivent particulièrement fixer l'attention, pour les classer ensuite, et les rapprocher de manière à en faire jaillir une vive lumière, il faut une certaine sagacité, qui est surtout le firuit de l'exercice. Tant qu'on n'a pas cette promptitude de coup d'oeil, l'étude des sources n'offre guère d'intérêt, et amènera même bientôt la lassitude et le dégoût. Nous jengagerions donc les critiques encore novices à s'en tenir pour quelque temps à une méthode en apparence plus lente, mais certainement plus sûre et même, tout
(1) Comp. plus haut pag. 39 et suiv.