‹ Principes de la critique historiqueChapitre 37 sur 146 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

compte fait, plus expéditive pour arriver à une connaissance vraiment scientifique d'une époque déterminée de Thistoire.

Qu'ils commencent par prendre ime notion générale de cette époque dans un manuel ou un cours d'histoire assez étendu pour ne pas rebuter par sa sécheresse, assez sobre de détails et de discussions pour ne pas surcharger la mémoire, et surtout assez net pour que l'imagination puisse suivre sans trop de difficulté le développement des faits et des institutions. Seulement qu'ils considèrent les connaissances acquises par ce premier travail en quelque sorte comme provisoires, et qu'ils gardent toute leur liberté d'esprit à l'effet de réviser plus tard les jugements de l'écrivain pris pour guide. Après cela, revenant sur leurs pas, ils prendront à part chacun des faits remarquables de la période qu'ils ont vue ainsi à vol d'oiseau ; ils étudieront les mémoires et les ouvrages spéciaux écrits sur ces faits par des savants et pour des savants, où par conséquent l'auteur ne fait pas un pas, n'émet pas une assertion, sans citer à côté le témoignage original sur lequel il s'appuie, sans discuter les détails qui ont donné ou qui peuvent donner lieu à quelque incertitude, ou du moins sans renvoyer à une dissertation faite sur ce sujet par im autre

érudit dont il adopte les idées. Cette seconde

étude doit se faire à tête reposée, dans les dispositions que nous avons marquées en parlant de Tesprit de la saine critique, et particulièrement avec un soin scrupuleux de- vérifier les textes invoqués, afin de s'assurer qu'ils sont fidèlement cités et convenablement interprétés.

De cette façon on sera disposé à parcourir avec goût et avec fruit les documents originaux. Qu'on les lise alors de suite. Cette lecture offrira un grand charme ; elle transportera l'esprit et l'imagination dans l'époque dont on avait, pour ainsi parler, pris une vue du dehors, et achèvera d'en donner ime vue claire et complète.

On remarquera facilement ce qui peut servir à confirmer ou ce qui peut ébranler les conclusions adoptées à la suite de ses premiers guides ; on apercevra les lacunes de leurs travaux, et l'on sera amené ainsi tout naturellement à voir ceux qu'on se sent capable d'entreprendre soi-même et qui feront faire un nouveau pas à la science. Enfin on sera préparé à reconnaître la valeur des pièces inédites qu'on rencontrera dans les bibliothèques, dans les dépôts d'archives ou ailleurs, par un de ces hasards providentiels qui viennent de temps en temps illuminer d'un rayon de bonheur la vie laborieuse de l'érudit.

Ce n'est pas pour les savants, nous n'avons pas besoin de le dire, que nous nous sommes laissé

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