CHAPITRE VI
Les documents historiques, qu'on trouve dans les bibliothèques et dans les archives, plusieurs siècles souvent après leur rédaction, sont un peu dans le cas des témoins et des missives dont nous venons de parler. Ils portent peut-être en tête le nom d'un personnage célèbre, contemporain des faits qui y sont consignés, et d'une véracité audessus de tout soupçon ; mais avant de leur accorder une entière confiance, il faudra qu'on ne puisse avoir aucun doute raisonnable touchant leur authenticité et leur intégrité. Ce sera donc là le premier point à éclaircir par le critique. Voyons comment il y parviendra.
La difficulté ne sera pas très grande pour les ouvrages imprimés du vivant et sous les yeux de l'auteur et qui se sont aussitôt répandus dans le monde littéraire. Bien rarement s'élèvera-t-il quelque doute par rapport aux documents de ce genre. L'imposture, s'il y en avait, sera en général trop facile à découvrir pour qu'il soit nécessaire d'insister longuement sur les moyens par lesquels on arrive à ce résultat. Tout se réduit à la discussion d'un fait de date relativement récente et qui doit avoir eu une certaine notoriété.
Mais le plus souvent, et toujours lorsqu'il s'agit de documents anciens, ce n'est que fort longtemps après la mort de leur auteur présumé qu'il sont entrés dans le domaine public par la voie de la
presse. Un grand nombre même sont restés inédits jusqu'à nos jours. En ce cas, nous sommes moins immédiatement sûrs de leur parfaite authenticité. C'est l'examen des manuscrits qui doit fournir cette assurance. Rien de plus simple, lorsqu'on est certain de posséder encore l'autographe. Mais cette bonne fortune est rare. Pour beaucoup de documents on n'a que des copies postérieures de plusieurs siècles à la rédaction primitive. Alors le travail est plus rude.
Pour ne laisser rien à désirer, il faut commencer par prendre connaissance de tous les manuscrits qui existent encore ou dont il reste quelque trace, et déterminer leur âge et leur pai*enté. L'âge d'un manuscrit se reconnaît à la nature de la substance qui en forme les feuillets, papyrus, parchemin, papier de coton ou de chiffe, à la rareté ou à la multiplicité des abréviations, à la manière dé les indiquer, au caractère de l'écriture, des ornements et autres détails qui ont varié suivant les divers pays et les diverses époques. La science paléographique a su établir, par la comparaison d'un grand nombre de manuscrits ayant une date certaine, des règles qui permettent à un œil exercé de préciser assez exactement le siècle ou la fraction de siècle à laquelle appartient un manuscrit donné (1). Un examen plus attentif
(1) On comprend que nous devons nous borner ici à don-