‹ Principes de la critique historiqueChapitre 44 sur 146 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

moins régulières des calligraphes du moyen âge. Les manuscrits ainsi dépouillés et classés, on verra si tous, même les plus anciens, portent le nom de Fauteur auquel Touvrage est généralement attribué. Si les plus anciens ne le donnent pas et qu'il se trouve seulement dans ceux d'une époque postérieure, à plus forte raison si le nom mis en tête des premiers est différent de celui qu'ont indiqué les copistes venus plus tard, il y aura lieu de mettre en doute la fidélité de la transcription. Souvent le soupçon ne portera que sur un passage qu'on ne rencontre pas dans les premiers manuscrits, mais seulement dans les plus modernes, ou vice versa: à moins de pouvoir expliquer ce dissentiment, on sera naturellement autorisé à voir ime interpolation ou une mutilation dans ceux de date plus récente. C'est ainsi que y' l'examen des manuscrits du Liber Pontificalis et des chroniques de Marianus Scotus et de Sigebert de Gembloux, cités autrefois comme les premiers témoins de la fameuse tradition sur la papesse Jeanne, a montré que les passages relatifs à cette tradition ont été interpolés par les copistes du xiv** ou du XV* siècle, ou même par les premiers imprimeurs de ces chroniques, et qu'il faut descendre jusqu'au milieu du xm" siècle pour trouver la première apparition de cette fable dans les documents écrits.

L'authenticité d'un ouvrage, prouvée déjà par la concordance des manuscrits, pourra encore être confirmée par les témoignages des écrivains anciens, citant l'ouvrage sous le même titre et le même nom d'auteur, surtout s'ils en rapportent quelques passages assez longs et que ceux-ci se retrouvent tout entiers dans les manuscrits. Au contraire, si un ou plusieurs de ces passages ne s'y rencontrent pas, ou s'ils n'y sont pas reproduits dans les mêmes termes, ce sera une raison de craindre que l'on n'ait pas sous les yeux le document cité par les anciens, ou du moins que celui-ci ait été plus ou moins profondément altéré par la négligence ou la mauvaise foi des copistes.

A ces indices d'authenticité, appelés extrinsèques, parce qu'ils reposent sur l'autorité de témoignages étrangers à l'œuvre de l'auteur, s'en ajoutent d'autres tirés de l'examen de l'œuvre elle-même et qui, pour cette raison, sont dits intrinsèques. Ainsi, principalement lorsqu'il s'agit d'actes* officiels et publics, on s'assurera que non seulement les caractères paléographiques, mai§ aussi les formules adoptées pour le commencement et la conclusion, les titres donnés aux personnages qui y sont mentionnés, la manière de marquer les dates et autres indications de ce genre sont conformes aux usages de l'époque à laquelle le document en question est attribué (1). Pour peu

(1) La fixation des règles qui doivent guider le critique

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