‹ Principes de la critique historiqueChapitre 45 sur 146 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

que ces détails soient multipliés, il est bien difficile que la main d'un faussaire ne s'y trahisse pas.

Les mots et les tours de phrase fourniront un autre moyen de vérification. Chaque siècle en a qui lui sont propres; et si, de nos jours, une étude approfondie . et un long usage ont pu tellement familiariser certains hommes de lettres avec les monuments littéraires d'ime autre époque, qu'ils sont capables de fabriquer des pastiches auxquels les plus habiles se laisseraient prendre, il n'en était assurément pas de même en d'autres temps, et surtout pendant le moyen âge, où les ressources pour se former à cet art puéril étaient bien plus restreintes. Il y avait donc là encore pour les imposteurs une foule d'écueils qu'il ne leur était guère possible d'éviter tous.

Même remarque pour le style de chaque auteur en particulier. En général, surtout chez les grands écrivains, il a un cachet spécial qui le fait assez aisément reconnaître, ou du moins qui ne permet pas d'attribuer à une même plume des compositions d'un style tout à fait disparate. Sans doute, dans l'application de cette règle, il faut se garder de l'exagération. Un écrivain varie son ton et soii

dans cet examen est du ressort de la diplomatique, science qui forme le complément de la paléographie proprement dite. Voir les ouvrages de paléographie cités plus haut, p. 87, note.

style d'après le sujet qu'il traite, le genre de composition auquel se rattache son œuvre et la classe de lecteurs ou d'auditeurs à laquelle il s'adresse. Nul ne s'étonnera, par exemple, de ne

pas apercevoir dans les lettres spirituelles de Bossuet et dans ses écrits de controverse l'éclat et la pompe des oraisons funèbres. Néanmoins im esprit fin et exercé pourra, sans trop de peine, retrouver dans les différentes productions d'un même auteur les qualités distinctives de son caractère et de sa manière d'écrire; mais surtout on ne sera jamais tenté d'attribuer à un écrivain à la diction toujours pure et élégante une œuvre où fourmillent les incorrections et les platitudes grossières.

Que sera-ce si dans un ouvrage publié sous le nom d'un auteur grave, d'une science et d'une sûreté de jugement universellement reconnues, on se heurte à des impérities, à des erreurs, à des puérilités dont rougu'ait le plus médiocre écrivain ? Évidemment on n'hésitera pas à rejeter cet ouvrage comme apocryphe.il en sera de même si un livre parsemé d'impiétés est donné comme l'œuvre d'un personnage dont les sentiments religieux ne se sont jamais démentis, et en général chaque fois qu'on remarquera dans un écrit des idées, des sentiments ou des doctrines en opposition manifeste avec le caractère et les opi-

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