‹ Principes de la critique historiqueChapitre 46 sur 146 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nions bien connus d'ailleurs de l'auteur supposé. Tout au moins faudra-t-il regarder comme interpolés les passages où se décèle cette contradiction.

Enfin un indice plus infaillible encore pour faire reconnaître la supposition ou l'altération d'un document, ce seront les anachronismes de faits ou de dates, la mention de personnages, d'institutions ou de coutimies certainement postérieurs à l'époque assignée à sa composition, ou bien aussi l'imitation servile d'un écrivain beaucoup plus moderne.

Cette dernière marque de supposition concourt, avec la plupart des autres et avec l'absence de tout indice extrinsèque d'authenticité, à prouver l'imposture des célèbres Décrétales Pseudo-Isidoriennes. Ces prétendues lettres de papes des trois premiers siècles ne sont qu'une compilation de longs passages de saint Augustin, de saint Léon, de saint Grégoire le Grand et d'autres saints Pères qui ont vécu longtemps après eux, joints à des extraits de lois romaines, de codes barbares, même de capitulaires des empereurs et de décisions des conciles francs du vin* et du ix* siècle, le tout fondu ensemble à l'aide de quelques plirases de la façon d'un latiniste de la même époque. Inutile d'insister sur la curieuse bigarrure que ce procédé a dû introduire dans le style, non-seule-

y ment des lettres diverses, mais même de chaque lettre à part. En outre, TÉcriture sainte y est citée suivant la version de saint Jérôme et même d'après la révision de cette version par Alcuîn. Les dates consulaires jointes à quelques lettres indiquent des noms de consuls qu'on ne trouve pas dans les fastes, ou dont l'époque ne correspond pas à celle du pontife auquel la lettre est attribuée. De plus, il se rencontre dans ces lettres des désignations de dignités civiles et ecclésiastiques tout à fait inconnues aux premiers siècles. Enfin les abus qui s'y trouvent signalés, les mesures qu'elles recommandent, les usages auxquels elles font allusion, souvent avec beaucoup d'insistance, tout cela s'explique parfaitement si on les suppose rédigées au ix® siècle, mais n'est guère en rapport avec ce que nous connaissons de la discipline de la primitive Église. En voilà plus qu'il ne faut pour ne plus laisser aucun doute sur le caractère de la compilation du faux Isidore. Vouloir expliquer toutes ces énormités en accumulant les suppositions arbitraires, et trouver ensuite une preuve d'authenticité dans l'accor^ de quelques détails avec certaines traditions, et en particulier avec celles qui sont consignées dans le Liber Pontificalis, — comme s'il n'était pas évident pour quiconque a tant soit peu étudié les fausses Décrétales, que l'imposteur a eu constamment cette

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