‹ Principes de la critique historiqueChapitre 47 sur 146 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

chronique sous les yeux, — c'est un tour de force qui pourra exciter l'admiration de quelques jeunes gens, encore novices dans les études historiques, mais où le vrai savant ne verra que la plus regrettable absence de tout sens critique.

Les règles que nous venons d'énumérer marquent les points principaux sur lesquels il faudra porter son attention,.lorsqu'il s'élèvera un doute sur l'authenticité ou sur l'intégrité d'un document historique attribué à une époque ou à un auteur déterminé. Elles peuvent servir aussi, conmtie il est facile de le voir, à découvrir l'auteur inconnu d'un ouvrage anonyme ou à préciser l'âge d'un acte dépourvu de date. Dans le premier cas, on examinera d'abord si l'on ne trouve pas cité chez les écrivains connus le titre de l'ouvrage avec le nom de son auteur, ou, ce qui est plus sûr encore, des extraits plus ou moins considérables dont ils indiquent la source. A défaut d'une pareille mention, ou pour compléter l'argument qu'on en tire, on recherchera quel est, parmi les personnages historiques, celui pour lequel se vérifient les détails que l'auteur donne sur lui-même et les circonstance^ où il témoigne avoir vécu, auquel conviennent le style de l'ouvrage, le caractère et les passions qui s'y manifestent, les doctrines qui y sont professées. De même, s'il s'agit d'un acte officiel, on pourra définir l'époque de sa rédaction

par celle où vécurent les personnages qui y sont nommés, par les événements qu'il rappelle, par les formules de chancellerie dont il est revêtu, et les autres moyens de contrôle indiqués par la diplomatique. L'accord de tous ces indices fournît en général, avec la date précise ou approximative de l'acte, une preuve suffisante de son authenticité, au lieu qu'une contradîction qu'on y découvrirait, soit entre eux, soit avec d'autres faits certains, donnerait un légitime sujet de le regarder comme apocryphe, ou du moins comme suspect.

Cette dernière règle n'est pas sans exception. Il • peut arriver que des documents officiels, bulles ou brefs de papes, diplômes royaux, actes de donation ou d'immunité, portant presque tous les caractères d'une supposition manifeste, aient droit à passer pour suffisamment authentiques. Voici comment s'explique cette singularité. Au milieu des désordres qui accompagnaient les nombreuses guerres du moyen âge, les trésors et les archives des monastères et des églises devenaient souvent la proie des flammes ou étaient dispersés par les sauvages envahisseurs. L'ordre plus ou moins rétabli, les moines, rentrés dans leurs domaines, n'avaient rien de plus pressé que de recueillir les épaves et de réparer le désastre. Parmi les pertes les plus sensibles était celle des actes authentiques qui garantissaient leurs droits et leurs privilèges.

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