CHAPITRE VI
Lorsque tout espoir de recouvrer ces précieux documents devait être abandonné, ils tâchaient d'y suppléer par des actes nouveaux, reproduisant autant que possible les termes de ceux qu'ils étaient destinés à remplacer. Us recouraient à cet effet à des copies plus ou moins fidèles ou au témoignage des habitants du monastère ou d'autres qui avaient vu les pièces perdues. La même chose se pratiquait pour les chartes devenues illisibles par suite de vétusté; mais alors ce qu'on pouvait encore distinguer de l'ancien texte servait naturellement de guide dans la seconde rédaction. Les actes nouveaux, dressés par des notaires publics ou par d'autres personnages officiels, et munis du sceau du souverain, de l'évêque ou de quelque grand seigneur du voisinage, étaient ensuite déposés aux archives du couvent parmi les titres originaux. Quelquefois on prenait soin d'y joindre un autre acte contenant la relation de tout ce qui s'était fait pour la restitution de la charte primitive (1). Mais souvent aussi cette précaution a été négligée, et on se trouve ainsi en présence d'un
(1) Un procès-verbal de ce genre, fait en 1663, a été rapporté in extenso par M. Léopold Delisle dans sa Notice sur un papyrus de la bibliothèque de Lord Ashbumham (publiée dans la Bibliothèque de V École des Chartes, année 1867, p. 455 et suiv.). Gomp. sur les Vidimus, Mabillon, De re diplomatica,lïb,lf cap. vu; Nouveau Traité de Diplomatique y l'* partie, sect. I, chap. ix, nn. 6 et 7.
document daté d'une époque de beaucoup antérieure à celle que dénotent ses caractères extérieurs, sans qu'on soit autorisé pour cela à n'y voir que le fruit d'une imposture.
Faisons encore observer que parmi les caractères d'authenticité indiqués plus haut, il en est d'une importance plus capitale et auxquels par conséquent il faut surtout s'attacher. Ainsi, lorsque l'autorité de tous les manuscrits et celle des écrivains contemporains se réunissent pour attribuer im ouvrage à un personnage connu, il ne suffira pas de quelques difficultés relatives à la suite chronologique ou 'à la concordance des faits, bien moins encore de quelques incertitudes ou de quelques fluctuations apparentes dans les opinions de l'auteur présumé, pour ébranler la conviction fondée sur les premiers indices. Il n'est du reste pas rare, en pareil cas, que lesdifificultés n'existent que dans l'imagination d'un critique partial, désireux d'écarter un document qui le gêne. Nous en verrons un peu plus bas un exemple assez remarquable.