‹ Principes de la critique historiqueChapitre 49 sur 146 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Intelligence des textes.

L'identité des témoins constatée et leurs dépotions entendues, il semble qu'on pourrait passer au point capital du travail du critique, l'appréciation de leur autorité. Quelquefois pourtant un autre problème vient compliquer celui dont nous poursuivons ici la solution générale.

Pour tirer tout le parti possible d'un témoignage, il faut être sûr d'en avoir saisi le sens exact. Dans bien des cas, la chose peut souffrir quelque difficulté. Il n'en est pas des témoins historiques comme de ceux qu'on interroge dans une instruction judiciaire. On ne peut pas leur faire dire tout ce qu'on voudrait savoir, et ce qu'ils ont dit n'offre pas toujours toute la clarté désirable. Il s'en trouve d'abord qui, dans leur prétention au beau style et pour s'accommoder au goût de leur temps, semblent vouloir justifier à leur manière le mot cynique attribué à Tallejrrand, qui voyait dans la

parole un instrument destiné à déguiser la pensée. Leurs périodes entortillées forment un véritable chaos. Le lecteur doit y avancer à tâtons pour arriver à recueillir le pâle rayon de Imnière qui guidera ses recherches à travers une époque ténébreuse de rhistoire. Ceux qui ont dû exploiter les minces filons cachés dans les œuvres de certains auteurs latins de la décadence, ecclésiastiques ou profanes, ou dans celles des clercs du moyen âge, connaissent assez cette torture. Une autre cause vient encore la redoubler dans les documents de la période barbare. C'est une incorrection de làiigage, une profusion de termes inconnus aux auteurs classiques, ou employés dans un sens tout nouveau, une ignorance naïve des règles les plus élémentaires de la flexion et de la syntaxe, une confusion dans la disposition des détails du tableau ou même de la phrase, tout à fait propres à déconcerter un latiniste formé à l'école des grands écrivains du siècle de Gicéron.

Hâtons-nous de dire cependant que ces difficultés sont loin d'être insurmontables. Tout d'abord il est vrai, en parcourant rapidement ces étranges compositions, on est saisi d'un sentiment de désespoir semblable à celui que doit éprouver l'archéologue novice qui pénètre pour la première fois dans les galeries obstruées de ruines d'une nécropole souterraine. Cîomment, parmi les mille menus

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