‹ Principes de la critique historiqueChapitre 50 sur 146 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

fragments de sculptures et d'inscriptions épars dans les tas de décombres, distinguer ceux qui ont appartenu à un même marbre, les réunir, déchiffrer les caractères informes et à peu près effacés dont ils sont couverts, et enfin faire sortir de là un de ces beaux sarcophages antiques qu'il a si souvent admirés dans les livres et dans les musées? A première vue, l'entreprise semble téméraire. Mais après quelque temps d'opiniâtre labeur, il est étonné de sentir se développer en lui une sagacité, un talent d'interprétation et même de divination vraiment merveilleux pour distinguer et recomposer les objets qui offrent un intérêt historique, pour retrouver le sens des inscriptions et suppléer les parties effacées ou perdues. Ainsi en arrive-t-il au jeune critique qui aborde l'étude des codes barbares, des vies de saints et des chroniques de monastères rédigés pendant les premiers siècles du moyen âge. Au commencement de cette étude, chaque phrase lui apparaît comme une énigme à deviner. Il doit la lire et la relire avec la plus grande attention pour en entrevoir vaguement le sens, et souvent, après avoir passé des heures à cette pénible lecture, il s'aperçoit qu'il n'a recueilli aucun détail tant sbit peu important. Qu'il ne se décourage pas pour cela. Ces heures ne sont pas perdues. Après avoir répété cet exercice un certain nombre de fois, il avancera d'un pas

plus leste; les obstacles qui rarrêtaient ne seront plus qu'un jeu, et il parcourra d'un coup d'œil sûr, en discernant sans peine ce qui peut lui être utile, des documents qui semblaient d'abord n'offrir qu'un fouillis inextricable pour le plus intrépide chercheur. Les découvertes qui récompenseront alors sa persévérance lui feront vite oublier les longues journées d'ingrat travail qui les ont précédées. Les secours, du reste, ne manquent pas pour se guider dans les endroits les plus difficiles. Outre les savants commentaires que nous ont donnés sur des textes importants de documents barbares des érudits tels que Pardessus, M. Waitz et autres, on trouve une mine abondante t d'indications de tout genre dans l'excellent Glossarium ad scriptores médise et infime latinitatis de Du Gange, successivement enrichi par plusieurs autres savants, et dont nous devons à MM. Firmin Didot une édition si complète et si commode (1). Mais ce ne sont pas seulement ni principalement les difficultés accidentelles provenant de l'obscurité ou de l'incorrection du langage qui embarrassent le critique. Dès que l'époque de la rédaction d'un document est quelque peu éloignée de nous, une foule de nuances d'expressions peu- Ci) Nous venons de recevoir le premier fascicule (Niort, L. Favre, 1882, in4®) d'une nouvelle édition notablement plus complète encore.

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