CHAPITRE VU
vent nous être devenues étrangères, même dans ridiome qui nous est le plus familier. A plus forte raison doit-il en être ainsi pour les langues mortes, qu'on ne parle plus depuis longtemps. Il faut souvent beaucoup de sagacité pour déterminer le sens précis d'un texte ancien. Ceux qui s'occupent spécialement de critique exégétique pourraient nous en dire long sur ce sujet. Bornons-nous à quelques remarques qui sont d'une application plus fréquente dans les travaux historiques.
A tous ceux qui veulent se livrer sérieusement à ce genre de travaux, nous dirons avant tout et bien haut: Défiez-vous des traductions. Non pas sans doute qu'il faille mépriser ce secours : il serait téméraire d'en dédaigner aucun. Mais si on les consulte, que ce soit avec une sage circonspection, et toujours le texte original sous les yeux. Négliger celui-ci pour s'en rapporter aveuglément à une traduction, même estimée, c'est s'exposer à recevoir ensuite de dures leçons. Il est échappé plus d'une erreur de ce chef à Baronius. Le célèbre annaliste, critique très remarquable d'ailleurs pour son temps, ne savait pas le grec. Chaque fois qu'il avait à faire usage d'un document rédigé en cette langue, il était obligé de s'en remettre à la version latine, malheureusement souvent très défectueuse, qui avait cours au xvi® siècle. Pour renverser une assertion qu'il a avancée avec une
entière confiance, il suffit dans plus d'un cas de produire le texte sur lequel elle est fondée, en rendant à celui-ci sa véritable signification.
Aujourd'hui, plus que jamais, de telles erreurs seraient inexcusables, la connaissance des langues anciennes ou étrangères et les moyens d'éclaircir un texte étant beaucoup plus -à portée de chacun. Avec des guides tels que les dictionnaires de ; Forcellini (1) et de Freimd (2), et le Glossarium de Du Gange, cité plus haut, pour le latin, le Thésaurus linguB grsRCx d'Estienne (3) et le Glossarium ad scripfores médian et infimss grœcitatis de Du Gange pour le grec, il suffit de la connaissance assez légère de ces langues que donnent généralement les études d'humanités, pour se rendre exactement compte de la signification d'un texte grec ou latin, si l'on veut y mettre le temps et la diligence convenables. Il en est de même pour la plupart des langues actuellement parlées en Europe. On ne peut guère se dispenser, si l'on
(1) Imprimé à Leipzig (1839, 4 vol. in-fol.j d'après la troisième édition italienne de Furlanetti. Celui-ci y a ajouté un supplément imprimé à Padoue en 1841, — Une nouvelle édition dirigée par M. Vincent De Vit, vient de paraître à Prato en Italie (1858-1875). D ne manque plus que quelques feuilles à VOnomasticon, qui en forme le supplément.
(2) Grand Dictionnaire, dont une traduction française, par M. Theil, a été publiée par MM. Firmin-Didot.
(3) Édition Firmin-Didot (1835-1856).