CHAPITRE VU
consulta Ainsi, la remarque que nous venons de faire au sujet du mot Papa ne s'applique aucunement aux écrivains orientaux. Chez eux, le terme correspondant DdEitac ou IldiitTuaç, n'est employé que pour désigner le patriarche d'Alexandrie ou le successeur de saint Pierre à Rome (1). L'ignorance de cette particularité a conduit Baronîus à un raisonnement tout à fait défectueux dans une de ses Notes au Martyrologe romain (10 janvier). Nicéphore Callixte avait dit que 1g titre de Iliwac fut porté par saint Cyrille et par ses successeurs en mémoire de la délégation de tous les pouvoirs apostoliques accordée par le Pape saint Célestin I au grand patriarche d'Alexandrie dans l'affaire du nestorianisme. Pour réfuter cette assertion, Baronius se contente de faire observer que saint Cyprien et beaucoup d'autres évêques ont porté le même titre sans avoir été honorés d'aucune distinction de ce genre. Il y avait d'autres arguments fort bons à opposer au dire de l'écrivain grec, par exemple, qu'on trouve le nom ïlinaç donné au patriarche saint Alexandre, prédécesseur de saint Athanase, dans la lettre des clercs d'Alexandrie rapportée par ce dernier dans son opuscule sur les conciles de
(1) Voir les textes cités par Du Gange dans son Glossarium média et infimœ grsscitatis, au mot ïliita;.
Rimini et de Séleucie (1) ; mais, assurément, l'argmnent de Baronius n'a aucune valeur (2).
D'autres fois il faudra, pour bien saisir le sens d'un texte, savoir les opinions politiques ou religieuses de son auteur, les institutions ot les usages propres au temps et aux lieux où il a vécu, considérer le caractère général de son style^ la matière qu'il traite, les circonstances dans lesquelles il parle. Tout cela peut contribuer à restreindre le sens d'une expression générale à une acception très particulière, et par conséquent
(1) N. 16. — Migne, Patr, Gr., t. XXVI, col. 708-709.
(2) Nous avons été plus surpris de voir relever par M. Amédée Thierry, dans un article sur Jean Chryso$tome et Vimpératrice Eudùxie (Revue des Deux M<mdes, livr. du 15 mai 1860, p. 286), le titre de Pape donné par Palladius au Patriarche d'Alexandrie Théophile. Si nous avons bien compris, le savant académicien croyait apercevoir là une allusion à une bravade de Théophile vis-à-vis du souverain pontife saint Innocent I. Rien ne justifie cette supposition. L*attribution de ce nom au Patriarche d* Alexandrie n*avait rien d'insolite, et il s'en rencontre plusieurs autres exemples dans le Dialogue de Palladius. Au chapitre vi, il le met dans la bouche du saint prêtre Isidore parlant à Théophile luimême (Œuvres de saint Jean Chrysostome, édit. bénédictine» t. XIII, p. 21), et au chapitre vu, dans celle des moines victimes des violences de Théophile et s'en plaignant respectueusement à Constantinople (ibid., p. 24). Enfin Févèque d'Hélénopolis l'emploie lui-même jusqu'à trois fois au chapitre xvii, où il continue à raconter les odieuses persécutions de l'adversaire de Chrysostpme {ibid., p. 63-64). Il est impossible de signaler dans ces différents passages la moindre nuance d'ironie.