‹ Principes de la critique historiqueChapitre 55 sur 146 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

il peut être fort dangereux pour le critique de ne pas s'en être rendu compte.

Plusieurs de ces détails ne seront connus que par le contexte du passage discuté. Et, en général, lorsqu'on vérifie l'exactitude d'une citation apportée à l'appui d'une thèse, il est prudent de parcourir tout le chapitre auquel elle est empruntée, et même parfois tout le livre. Un témoignage isolé de tout ce qui l'entoure dans l'écrit de son auteur, paraîtra souvent tout à fait décisif, tandis que lorsqu'on lit cet écrit lui-même, la confiance dans la valeur de l'argument qu'on en tirait baisse beaucoup et peut-être même s'évanouit entièrement.

Nous citerons comme exemple de ce fait un texte célèbre dans les discussions théologiques. Pour montrer que, dès les premiers siècles de l'Église, le mariage entre fidèles était regardé comme un sacrement, bon nombre de traités de théologie s'appuient sur quelques passages de saint Augustin, où ce grand docteur assigne la qualité de sacramentum comme im caractère propre du mariage chrétien. Ainsi, dans son opuscule De bono conjiigali {ï), il dit : * Bonmn "* igitur nuptiarum per omnes gentes atque omnes * homines in causa generandi est et in fide casti-

(1) Cap. xxiT, a' 32.

** tatis : quod autem ad populum Dei pertinel, " etiamin sanctitate sacramenti ; „ et ailleurs (1) : " In nostrarum quippe nuptiis plus valet sanctitas ** sacramenti quam fecunditas uteri. „ Rien de plus clair, peut-il sembler d'abord. Seulement on a observé que le terme sacramentum a été employé par les anciens auteurs ecclésiastiques, non-seulement pour signifier ce que nous appelons proprement aujourd'hui un sacrement^ mais aussi pour désigner bien d'autres choses saintes et mystérieuses, soit en elles-mêmes, soit . dans leurs effets, et en particulier une représentation mystique d'une grande vérité religieuse. C'est dans ce dernier sens que d'illustres théologiens, entre autre Vasquez, entendent ce mot dans les passages cités et autres analogues, où saint Augustin s'en sert à propos du mailage. Ils prétendent que le saint Docteur a voulu marquer seulement que le mariage chrétien est une image de l'union de Jésus-Christ avec son Église, union qui n'aura toute sa perfection que dans la paix et les splendeurs de la cité céleste.

Pour se convaincre de la justesse de cette interprétation, du itïôins quant aux deux textes rapportés plus haut, il suffit de parcourir le traité d'où ils sont extraits, et en particulier le chapitre xviii,

(l)Cap.xvm,n<»21.

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