‹ Principes de la critique historiqueChapitre 6 sur 146 · PRIXGIPES DE LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

PRIXGIPES DE LA CRITIQUE

presse périodique, d'accumuler les injures contre ses adversaires, tandis que, dans le camp ennemi, les mêmes démonstrations accueillent peut-être des assertions diamétralement opposées. Sans doute, ces folles clameurs ne montent pas jusqu'aux régions sereines de la vraie science, où, s'il lui en arrive quelque faible écho, elle n'y répond que par un sourire de pitié ou de dégoût ; mais enfin elles lui enlèvent des encourageinents précieux et lui préparent des résistances qui devront être vaincues ensuite au prix de longs et de douloureux efforts.

Voila le mal qu'il faut combattre et, s'il est possible, extirper pour assurer l'avenir des sciences historiques. L'unique moyen d'y réussir, c'est de se familiariser avec l'esprit et les procédés de la vraie critique, pour s'y montrer fidèle dans ses propres études et pour exiger la même fidélité des auteurs qu'on lit et des maîtres qu'on écoute, sous peine de rébellion, au moins passive, contre leurs conclusions.

Mais est-il bien nécessaire, ou même convenable, à cet effet, de dresser une espèce de code de la critique? Nous ne serions pas étonné d'entendre la plupart des érudits répondre négativement. Ils diraient que le bon sens naturel a toujours suffi à les guider dans leurs recherches, et qu'ils n'ont jamais senti le besoin de formuler en principes

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généraux les motife de leurs jugements critiques. Loin de nous la pensée de contester le fait. Nous serions même porté à admettre qu'il en a été ainsi à peu près pour tous les grands historiens anciens ou modernes.

Gela ne veut pas dire néanmoins que nous regardions les règles de la critique comme iuu* tiles.

Un apologue, quelque peu banal, mais toiyours saisissant de vérité, fera bien comprendre notre pensée et le but que nous nous proposons dans ces études.

Un voyageur, avide de découvertes, parcourt une contrée inconnue. Tandis qu'il marche au hasard dans la plaine, il voit un aigle s'élever majestueusement dans les airs, puis tout à coup prendre son essor vers un pic qui se dresse bien haut dans le lointain et que l'œil moins perçant de l'homme n'aurait pu distinguer d'abord des nuages amoncelés à l'horizon. Aussitôt l'idée de gravir ces sommets élevés s'empare de l'explorateur. L'ascension sera laborieuse; n'importe. Tout un monde de merveilles va se révéler là-haut à ses regards: cette pensée suffit pour lui faire braver la fatigue. Il s'avance avec courage et se trouve bientôt au pied de la montagne. Mais là, parmi les sentiers qui sillonnent ses fiancs, tantôt se perdant sous d'épais taillis, tantôt côtoyant des

précipices, lequel choisir? Les montagnards ne sont guère embarrassés en pareil cas. Grâce à un admirable instinct, développé par Texercice, ils savent, à travers mille obstacles, suivre toujours le chemin direct, ou, s'ils s'en détournent un instant, s'y remettre sans peine. Mais malheur à l'imprudent touriste qui se fie trop aveuglément à leurs vagues assurances sur la facilité de l'expédition. Bientôt il se perdra dans le dédale des gorges et des ravins qui s'entrecroisent devant lui, et épuisé, découragé, il renoncera à l'exécution de son projet. Ou bien il choisira sa route au hasard et, croyant se rapprocher du but, il s'en éloignera et se trouvera, après une longue et pénible marche, à un point tout différent de celui qu'il voulait atteindre, et qui en sera peut-être séparé par un abîme. Il se serait épargné cette mésaventure si, avant de s'engager dans la montagne, il avait recueilli des renseignements précis de la bouche de ceux qui en ont longtemps exploré les pentes.

Ils sont bien rares dans toutes les parties du domaine de la science, mais particulièrement dans celui de l'histoire, les aigles au coup d'oeil assuré et au vol puissant, qui savent s'établir sur les hauteurs sans passer par les voies pénibles appropriées à la faiblesse ordinaire de l'intelligence humaine. Rares encore, quoique beaucoup moins.

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