‹ Principes de la critique historiqueChapitre 7 sur 146 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

sont les esprits sagaces qui, parmi ces voies, savent choisir conune d'instinct celles qui les feront parvenir le plus sûrement à la possession de la vérité. Faut-il donc conseiller à tous les autres de renoncer à s'élever jusqu'à elle ? Non assurément, la science elle-même aurait droit de s'en plaindre. Ce serait lui enlever une foule d'adeptes capables de lui apporter un utile, et souvent im glorieux concours. D suffit, pour les mettre à même de répondre à son appel, qu'on leur fournisse un moyen généralement sûr et à la portée de tous, de suppléer à cette sagacité extraordinaire qui est le partage d'un petit nombre d'élus. Or ce moyen existe, sinon pour toutes les branches de l'art et du savoir, du moins pour celle dont nous nous occupons spécialement ici. D se trouve dans la connaissance des règles de la critique.

Pourquoi chez tant de jeunes gens, d'ailleurs très heureusement doués du côté de la rectitude du jugement et de l'amour des travaux sérieux, voit-on succéder si vite le découragement et le dégoût à un premier élan de ferveur dans la carrière des études historiques ? N'est-ce pas parce que, faute de méthode et de principes nets et sûrs pour asseoir leurs convictions, ils n'ont rencontré dès les premiers pas qu'obscurités et incertitudes ? Placés en face d'une question nouvelle, ils ne savent — qu'on nous permette cette expression

familière parfaitement juste ici — par quel bout la prendre pour procéder à son examen. Et même lorsqu'ils veulent se borner à se mettre au fait des résultats acquis avant eux, ils se voient à la merci du premier guide venu, ou s'ils en rencontrent deux ou trois qui ne sont pas du même avis, ils se perdent dans un dédale d'indications contraires sans parvenir à fixer leurs jugements. Que s'ils croient pouvoir embrasser certaines opinions, c'est encore avec une notion très vague du degré dé certitude qu'elles peuvent revendiquer en leur faveur. De là, à chaque nouvelle contradiction, à chaque découverte qui semble devoir modifier tant soit peu les idées reçues jusqu'ici sur un fait, une sorte de terreur panique, provoquée par la crainte de voir s'écrouler tout l'édifice de leurs connaissances, si péniblement construit et toujours si vacillant. Est-il étonnant dès lors que leur ardeur s'éteigne et qu'ils désespèrent de pénétrer jamais dans ce temple de la science, dont les merveilles entrevues avaient défrayé les plus beaux rêves de leur noble ambition ?

Que faut-il cependant pour échapper à ces amères déceptions ? Connaître d'avance la marche à suivre dans l'étude des questions historiques, savoir sur quels points on doit porter son attention dans l'examen des preuves fournies à l'appui d'un sentiment, enfin être à même de se rendre compte

Page 1