CHAPITRE Yin
nement tout ce qui se dit et se fait dans Tendroit où ils résident. Il y a souvent dans cette classe de témoins plus de zèle à se faire valoir que de prudence et de modestie. H serait imprudent de se fier toujours aux vagues assurances qu'ils donnent, peut-être le plus nsûvement du monde, quant à l'excellence de leurs moyens d'information. Tout au plus pourra-t-on voir dans leurs relations l'expression des idées des hommes ou des cercles qu'ils fréquentent. Est-il besoin d'ajouter que les générations qui suivront la nôtre auront à se défier, au moins autant, des renseignements contenus dans les correspondances de nos journaux, renseignements toigours puisés à bonne source aussi, et néanmoins si souvent démentis peu de jours après avoir été transmis, sans que leurs auteurs en deviennent plus réservés à l'avenir ?
Les erreurs dont nous venons d'indiquer quelques sources, ne supposent aucune mauvaise foi. D'autres, en tout aussi grand nombre, ont la volonté pour complice. Ce n'est pas qu'on puisse suspecter à la légère la sincérité d'un témoin. Pour résister au penchant naturel qui le porte à constater la vérité et à la communiquer aux autres, l'homme doit étouffer le cri de sa conscience protestant énergiquement contre un acte aussi vil que le mensonge, il doit s'exposer de gaîté de cœur
à la perte d'un bien prisé à Tégal et même au-dessus de la vie, Testîme de ses semblables. On n'en vient pas là facilement. Aussi regarde-t-on comme Tinjure la plus sanglante tout soupçon téméraire à cet endroit, et ime âme. droite se gardera bien de supposer légèrement le mensoi^e chez les autres, tout comme elle a horreur de se le permettre à elle-même.
Cependant il est des cas où Ton ne peut se refuser à l'évidence. C'est ce qui arrive, par exemple, lorsque dans certaines lettres de Voltaire, destinées à être communiquées au public ou à des personnages haut placés qu'il avait indisposés contre lui par des ouvrages par trop licencieux, on lit les dénégations les plus formelles, faites sur le ton d'une vertueuse indignation, tandis que dans d'autres lettres, écrites au même temps à ses amis intimes, on trouve l'aveu non moins formel de sa culpabilité, assaisonné d'agréables plaisanteries dans le genre de celle-ci : ** Le mensonge n'est un ** vice que quand il fait du mal : c'est une très
* grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc
* plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme
* un diable, non pas timidement, non pas pour
* un temps, mais hardiment et toujours... Men- ** tez, mes amis, mentez ; je vous le rendrai dans
* l'occasion (1). » Nul homme d'honneur, à moins
(1) Lettre à Thiériot, 21 oct. 1736. — Œuvres complètes de Voltaire, t. LXffl (Paris, 1826), p. 109-110.