‹ Principes de la critique historiqueChapitre 61 sur 146 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

d'être aveuglé par l'esprit de parti, n'hésitera à qualifier comme il le mérite celui qui ne rougit pas d'user de pareils procédés.

Ce n'est* bas Voltaire seulement qui a mis en pratique ce système de mensonge audacieux et sans pudeur. Les inscriptions fastueuses gravées par ordre du sénat de Rome sur des colonnes ou d'autres monuments publics pour célébrer les exploits d'un Claude, d'un Caligula; d'un Commode, et certains bulletins de victoire tracés par une main auguste dans les premières années de ce siècle, prouvent que même le caractère officiel et public d'un document ne suffit pas pour donner toute garantie à ce sujet.

Une fois surpris en flagrant délit de mensonge, un témoin n'a plus le droit de se plaindre qu'on se défie désormais de la vérité de toutes ses assertions, surtout dès qu'onpeut lui supposer unintérêt quelconque à présenter les faits sous les couleurs qu'il leur prête. Une erreur involontaire, à moins qu'elle ne décèle une légèreté d'esprit ou une faiblesse de jugement vraiment impardonnable, n'ôte rien à la considération de celui qui l'a commise, ni à la valeur de son témoignage pour l'avenir. Au contraire ; si, la méprise découverte, il se hâte d'en convenir av.ec candeur, sans chercher de vains subterfuges, sa véracité sera d'autant mieux à l'abri de tout soupçon. Mais celui qui a sciemment

affirmé ce qu'il savait être faux, ne peut s'étonner qu'on n'accepte plus rien sur la seule autorité de sa parole: il a lui-même détruit cette autorité, probablement à jamais.

Malheureusement il n'est pas nécessaire, pour trahir les droits de la vérité, d'en venir toujours à cet oubli de tout respect de soi-même et des autres que suppose le mensonge volontaire dans un écrit destiné au public. Ce qui est beaucoup plus fréquent, c'est de voir la sincérité naturelle plus ou moins pervertie par l'influence cachée du préjugé ou de la passion. On se trompe soi-même et on trompe les autres avec une certaine bonne foi. Cette bonne foi n'est pas toujt à fait innocente, à la vérité. Si l'on voulait ou si l'on pouvait considérer les choses de sang-froid, on n'aurait pas de peine à les présenter sous leur vrai jour. Mais on craint de voir des adversaires habiles trouver dans certains faits une arme contre des doctrines ou ime cause à laquelle on a voué toutes ses affections, on tremble à l'idée de perdre une ressource importante dans la défense d'intérêts plus chers que la vie. Il faut une force d'âme et une droiture de jugement peu communes pour ne pas se laisser troubler en présence d'une pareille perspective. Combien il est facile, au contraire, de mettre, dans ces circonstances, la vue et l'intelligence au service du sentiment^ de ne distinguer nettement

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