‹ Principes de la critique historiqueChapitre 63 sur 146 · CHAPITRE vni · texte numérisé non relu

CHAPITRE vni

La faiblesse humaine ne peut pas toujours non plus se défendre suffisamment contre les motifs d'intérêt ou de crainte, ni même contre la fascination exercée sur elle par quelque grand personnage qui la domine de trop près. Ce sont là autant de mauvais conseillers pour la conscience : il est trop ordinaire de la voir transiger avec eux. Ainsi on n'accueillera pas sans contrôle les relations des évêques courtisans de Louis XIV sur les démêlés de ce prince avec la cour de Rome, et celles du cardinal Maury et consorts sur la conduite de Napoléon I"' dans les affaires religieuses, partout où elles tendent à justifier ces impérieux autocrates.

La défiance sera naturellement plus grande encore par rapport aux autobiographies des hommes célèbres. Écrire l'histoire des événements auxquels on a pris une part active et ne jamais se laisser aller à embellir cette part, est assurément chose bien difficile. Mais la tentation sera doublement délicate lorsqu'on a besoin de se laver de quelque tache, d'expliquer ime conduite équivoque, sinon tout à fait blâmable, de prévenir des jugements peu flatte ors. La mémoire est exposée alors à d'étranges distractions. Il est difficile de ne pas sourire en constatant le grand nombre de celles qui ont échappé au grand conquérant moderne dans les apologies de ses actes dictées

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par lui, sur le rocher de Sainte-Hélène, aux fidèles compagnons de son exil. Ces explications, données après coifp, ont un air de candeur qui en avait imposé jusqu'ici à peu près à tout le monde. Mais lorsqu'on les rapproche maintenant des révélations fournies par la Correspondance inédite et des autres documents contemporains, si heureusement mis à contribution par M. le comte d'HaussoQville, on se surprend à laisser tomber de ses lèvres le mot sanglant par lequel Pie Vn accueillait à Fontainebleau les démonstrations en apparence si spontanées et si naïves de son geôlier couronné; on est obligé de se dire que Tâge et le malheur n'avaient pas corrigé le grand homme de ses préoccupations d'e£Fet à produire et de l'emploi des petits moyens pour arriver à son but

Ces calculs d'amour-propre se traduisent quelquefois d'une façon plus puérile. Ils n'iront pas jusqu'à porter l'écrivain à fausser complètement les faits ; mais il se permettra d'ajouter à la réalité ou de retrancher certains détails, de façon à se mettre en scène d'une manière plus intéressante et à donner aux événements auxquels il a été mêlé une couleur plus dramatique. Plus d'une page des Mémoires d'outre^towbe de Chateaubriand peut donner lieu à soupçonner un pareil artifice. On est bien tenté de se demander, en les lisant, si leur auteur n'a pas été dominé par ce

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