CHAPITRE vni
désir trop vif de poser et de plaire qui faisait tache sur ses grandes qualités.
On aurait tort de croire que l'autorité des témoignages sort toigours affaiblie de Texamen des circonstances que nous venons d'indiquer. Il arrive souvent tout le contraire. Un témoin a-t-il su triompher d'influences qui agissent d'ordinaire puissamment sur l'homme pour le détourner de suivre le bon penchant de l'honnêteté naturelle, on ne songera plus à élever aucun doute sur sa véracité. Ainsi lorsqu'il atteste un fait défavorable à la cause religieuse ou politique qu'il défend; lorsque, en parlant comme il le fait, loin de se procurer quelque avantage particulier, il peut s'attirer de graves dommages; en im mot, chaque fois que ses affirmations ou ses aveux sont en opposition manifeste avec ses intérêts, ses préjugés et ses penchants, il est clair que son témoignage aura un tout autre poids pour entraîner la conviction que celui d'un homme parfaitement désintéressé dans l'affaire. De là l'empressement que mettent les apologistes de la vraie religion à recueillir les relations de voyageurs protestants qui constatent la bonne organisation et l'admirable fécondité dès œuvres catholiques, et leurs doléances sur la stérilité de celles qui sont fondées et entretenues à grands frais par leurs coreligionnaires. De tels témoignages, que l'amour de la
vérité peut seul arracher, sont mille fois plus précieux que les descriptions les plus pompeuses de fervents catholiques.
Voilà bien des remarques. Cependant nous n'avons pas, à beaucoup près, épuisé la matière. Pour être complet, il faudrait analyser les mille nuances de passion, l'infinie variété des intérêts, les influences si puissantes de milieu et d'éducation, qui peuvent troubler la calme lumière de l'intelligence ou faire fléchir la droiture de la volonté. L'habitude des travaux critiques apprendra bientôt à les distinguer dans les cas particuliers. Ce que nous avons dit suffira, pensons-nous, pour tracer la voie à suivre dans ces travaux. C'est tout ce que nous désirons, tout ce qu'il nous est permis d'espérer.
Ensuite nous n'avons parlé que des témoins immédiats. Ceux qu'on invoque n'appartiennent pas toujours à. cette classe : ils ne font souvent que nous transmettre les témoignages plus anciens de ceux qui ont vu le fait de près. Il est clak que, dans ce cas, l'examen devra porter et sur la créance qu'ils méritent eux-mêmes et sur celle qu'on peut accorder à leurs propres autorités.
Après tout ce que nous avons Hit des nombreuses circonstances qui sont de nature à infirmer l'autorité des témoignages historiques, il peut sembler bien difficile d'arriver généralement à