‹ Principes de la critique historiqueChapitre 65 sur 146 · CHAPITRE VIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIU

une certitude complète. Gomment s*assurer, lorsqu'il s'agit des temps anciens surtout, que le témoin invoqué offre toutes les garanties désirables? Partant combien de faits à éliminer de l'histoire, qui ont toujours été regardés comme certains ! Sur cwnbien faudra-t-il suspendre indéfiniment son jugement, à cause de l'insuffisance de l'autorité qui leur sert de preuve!

Il en serait ainsi, en effet, si nous n'avions sur chaque fait historique qu'un témoignage isolé. Celui-ci ne produira une entière certitude que lorsqu'on pourra constater positivement que le caractère et la position du témoin ne permettent aucun doute quant à l'exactitude de sa déposition. Si l'on n'a sous ce rapport que des données négatives, c'est-à-dire si l'on sait seulement que nulle circonstance connue n'autorise le soupçon de mauvaise foi ou de légèreté, tout se réduira à faire naître en nous une créance plus ou moins vague, telle que nous l'accordons à un homme tout à fait inconnu qui vient nous raconter sérieusement un événement qu'il dit avoir vu, lorsque nous n'avons aucune raison de supposer qu'il s'est trompé ou qu'il nous trompe. La foi que nous prêtons à son récit n'est pas accompagnée d'hésitation, à proprement parler. Cependant elle n'a pas cette fermeté qui résulte de la présence de fondements plus solides. Nous n'éprouverons aucune surprise

à entendre ensuite cet événement raconté d'une tout autre façon, ni aucune répugnance à chaîner notre manière de voir, lorsque des relations plus sûres nous auront mieux instruits. S'il en arrive autrement, c'est que nos passions ou nos préjugés nous porteront à nous opiniâtrer dans une croyance qui les flatte, plus que ne le méritent les motifs sur lesquels elle repose.

Nous admettons donc volontiers cet état plus ou moins flottant de l'adhésion de l'esprit par rapport à un certain nombre de faits qui ne nous sont connus que par un témoignage unique, dont nous ne pouvons pas suffisamment contrôler la valeur. Mais il n'en sera pas de même pour ceux qui nous sont afSrmés par plusieurs témoins placés dans des conditions très différentes, n est bien difficile, le plus souvent même moralement impossible, que trois, quatre, et à plus forte raison un plus grand nombre d'hommes, qui ne subissent aucune influence commune, se trompent de la même manière dans l'observation ou se rencontrent dans la même fraude. Lors donc qu'on trouvera un fait établi par plusieurs récits de sources diverses et parfaitement concordants, il n'y aura plus guère lieu à un doute raisonnable quant à son entière vérité.

Seulement, qu'on le remarque bien, il faut que les sources soient réellement diverses. Dix ou

Page 1