CHAPITRE Yin
vingt écrivains, copiant la relation d'un auteur plus ancien, sans avoir eu à leur disposition aucun nouveau moyen de connaissance, n'ajoutent rien en général à l'autorité de celui .auquel ils ont emprunté leurs renseignements. Que ceux qui abordent l'étude de l'histoire ecclésiastique y prennent garde. Il n'y a peut-être pas de piège dont on ait plus abusé pour appuyer des traditions controuvées ou suspectes ou pour exagérer la certitude d'un fait, que cette prétendue multiplicité de témoignages qui ne sont que des échos d'un même témoignage primitif et connu. C'est ainsi qu'à propos du prodige de la Légion Fulminante, — dont nous ne prétendons pas ici contester la vérité, — il est assez d'usage de citer l'autorité d'une lettre de Marc-Aurèle, puis celle d'Apollinaire, de Tortullien, d'Eusèbe, de saint Gr^oire de Nazianze, d'Orose, et d'une foule d'autres. A première vue, il y a là une nuée de témoins qui semble défier toute contradiction. Mais, en y regardant de plus près, on constate bientôt que nous ne connaissons la lettre de Marc-Aurèle que par le récit de TertuUien, que c'est ce même récit, avec celui d'Apollinaire, qui a été transcrit par Eusèbe, enfin que tous les écrivains postérieurs ont puisé ce qu'ils rapportent du prodige dans un de ces deux auteurs : de sorte qu'en définitive l'autorité de toute cette série de témoins se réduit à celle d'Apollinaire et de Tertullien.
Mais si les récits de sources diverses ne s'accordent pas entre eux, ce qui n'est pas bien rare, comment asseoir son jugement? Commençons par faire une distinction importante. Souvent il y a harmonie parfaite entre les diverses relations quant à la substance du fait; la divergence ne se produit que pour certains détails sur lesquels il était plus difficile d'avoir des renseignements précis. Il est clair que, dans ce cas, le désaccord partiel des témoignages, loin de nuire à leur autorité par rapport au fait principal, ne sert qu'à mieux l'établir, parce qu'on y trouve une preuve manifeste de l'absence de tout concert et de toute communauté d'informations entre leurs auteurs. — Exceptons un cas pourtant. Plusieurs écrivains, dont nous avons tout sujet de suspecter la véracité, s'accordent à rapporter, avec des détails très précis, un même fait très favorable aux intérêts de leurs afifections ou de leurs haines communes. Es le rapportent comme témoins oculaires, ou en reproduisant fidèlement, aflfirmentils, la relation de semblables témoins. En pareille occurrence, il ne sera pas inutile de contrôler leurs récits dans les moindres particularités : les circonstances les plus insignifiantes peuvent alors servir à démasquer la fraude. On sait par quel ingénieux moyen Daniel parvint à confondre les accusateurs de Suzanne. Des procédés de ce genre