‹ Principes de la critique historiqueChapitre 8 sur 146 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de Wmportance de ces preuves, afin de pouvoir apprécier le degré de certitude du fait qu'elles établissent. Or c'est là précisément ce qu'apprennent les règles de la critique.

Que ces règles existent, en d'autres termes, qu'il n'est pas impossible de définir certains principes, d'indiquer certains procédés qui peuvent aider puissamment l'esprit à se guider dans la recherche de la vérité historique, nous espérons bien le montrer dans la suite de ce travail. Mais auparavant nous ajouterons une autre remarque destinée à faire ressortir l'avantage de cette étude, même pour les intelligenees d'élite qui pourraient à la rigueur se passer d'un tel secours. Ce qui leur permettrait de le dédaigner, c'est que chaque fois qu'elles ont besoin de se servir d'un principe de critique, leur perspicacité naturelle le leur suggère aussitôt, avec l'application qu'il convient d'en faire dans le cas particuUer dont il s'agit. La chose ne leur coûte guère, en effet, tant que la netteté de leur jugement n'est pas offusquée par la présence de quelque affection ou de quelque préjugé longtemps caressé, et qu'un fait donné vient blesser douloureusement. Mais l'expérience n'a que trop appris combien il est difiScile, même aux plus grands esprits, de ne pas faiblir en pareille occasion. Quelle que soit la vigueur de la détermination première à ne Ther-

cher que la vérité, on se laisse trop souvent entraîner alors à asseoir son jugement sur un motif qu'on rejetterait avec mépris comme insuffisant dans tous les autres cas, et particulièrement dans celui où le poids de Taffection ou du préjugé agirait en sens contraire. L*étude préalable des règles de la critique met à Fabri de ce danger. L'esprit, dégagé dans cette étude de la préoccupation de prévenir des conséquences qu'il voudrait absolument éviter, voit dans toute leur clarté les principes qui doivent former la base de ses jugements. Et lorsqu'on rencontre ensuite un fait qui n'offre évidemment qu'un cas particulier de l'hypothèse pour laquelle on a admis la règle comme universellement certaine, il faudrait une mauvaise volonté positive pour ne pas se rendre à la force de la vérité. Les règles sont donc pour tous une sauvegarde de l'esprit de saine critique, esprit qu'on ne saurait maintenir avec un soin trop jaloux.

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