‹ Principes de la critique historiqueChapitre 74 sur 146 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

et de successeurs des martyrs. Jamais celle du concile de Milan, — si tant est qu'il en ait dressé une nouvelle, ce qui est tout au moins fort douteux, — ne fut célébrée avec tant d'emphase. Enfin, est-ce la définition d'un concile de Milan tenu en 349, qu'on aurait pu recommander en disant qu'elle est demeurée intacte jusqu'aux temps où Constance a reçu de Dieu le gouvernement du monde romain, c'est-à-dire jusqu'en 353? C'eût été une dérision.

En voilà assez pour le texte du concile de Rimini. Passons à celui d'Eusèbe (1). On avait tâché autrefois d'écarter cette autorité si embarrassante en accusant tout simplement le célèbre historien d'imposture. On a senti depuis combien cette accusation est insoutenable. Il a donc fallu en venir à supposer ici encore xme interpolation, cette fois du fait des Ariens. Pour admettre cette interpolation, il faut de nouveau prétendra que tous les manuscrits de la Vie de Constantin qui nous restent en sont entachés, et que nous ne possédons pas un seul exemplaire authentique de cette œuvre d'Eusèbe. Il faut prétendre, de plus, que saint Ambroise et saint Jérôme au iv« siècle, Socrate, Sozomène et Théodoret avant le milieu du v«, ont eu, eux aussi, la mauvaise

(1) Vit. Gonstantini, lib. IV^chap. lxi-lxiii.

chance de» ne rencontrer que des manuscrits falsifiés, et qu'ils ignoraient si complètement l'histoire de Constantin, qu'ils n'ont pas eu le moindre soupçon de la fraude. Il faut prétendre encore que le faussaire a su si bien imiter le style et la manière d'Eusèbe, qu'on n'a jamais pu noter, dans la relation assez prolixe du baptême de l'empereur, la moindre anomalie (1). Enfin il faut

(1) Nous nous trompons. M. Darras en signale une assez remarquable." Eusëbe, en parlant des empereurs romains, se '^ serttoujours du mot Bx9iXeiS<y seule expression usitée de " son temps. Le chroniqueur du baptême deNicomédie em- •* ploie le terme d'auToxpàxcop, désignation beaucoup plus * récente, introduite par le servilisme byzantin. Ce n'est là ** qu'un détail,si Ton yeut, mais aux yeux de toute saine criti- ** que, il ne laisse pas d'avoir une signification considérable. « — Cette observation, d'une portée si considérable, a malheureusement un tort : c'est d'être radicalement fausse. Le terme d' a&TokpàTwp était en usage bien avant le temps d'Eusèbe. On le rencontre, avec le sens d'^entpereur, dans Lucien, et fréquemment dans Hérodien, Dion Cassius, Josèphe et Plutarque (V. Rob. Stephani Thés. gr«c» lingua, édition Firmin-Didot, tom. 1, 2« part., col. 2531). Eusèbe lui-même l'a souvent employé. Ainsi au chap. v de son Panégyrique de Constantin, après avoir loué dans ce prince l'empire qu'il avait acquis sur toutes ses passions, il conclut en disant qu'il estjvraiment AuToxpàtwp. Et pour nous en tenir à la Vie de Constantin, on y trouve trois fois ce mot sous la forme adjective (auxoxpaTtx^c ^PX^^> ^^^' ï» chap. xiii, xviii ; liv. II, chap. xlviii) pour marquer le pouvoir impérial et suprême. L'historien le donne ensuite comme le terme propre et officiel pour désigner l'empereur dans deux autres endroits, savoir au liv. I, chap. xxii, où il rapporte

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