CHAPITRE IX
" même main avait écrit, à deux pages seulement ^ de distance, une pareille contradiction, il fau- ** drait dire 'îiu'Eusèbe n'avait plus son bon sens " alors qu'ils rédigeait la narration du baptême * de Nicomédie. „ — Et que dire de l'écrivain qui attaque l'authenticité de son récit, lorsque tout en citant, avec une bonne foi à laquelle nous sommes heureux de rendre hommage, le texte grec qu'il lui oppose, il ajoute dans sa traduction les mots du milieu d'eux qui ne se trouvent pas dans ce texte, et dans lesquels cependant réside toute la force de son argumentation? Faudrait-il lui apprendre que le préfixe œuv, dans la composition des verbes grecs ne marque pas nécessairement autre chose qu'une concomitance d'action? Au reste, cette question philologique est ici de peu d'importance. Lors même qu'il faudrait admettre que Constantin a passé la nuit de Pâques dans l'assemblée des fidèles, ne sait-on pas que les saints mystères, dans cette nuit, étaient précédés d'une foule de chants et de cérémonies auxquels un catéchumène pouvait assister? Rien n'empêchait doiïc l'empereur de se trouver à la plus grande partie des offices : ce qui suffirait pour justifier le langage de son historien, entendu dans le sens qu'on lui donne gratuitement.
Voici une autre preuve, plus palpable encore aux yeux de notre critique, pour montrer que
Constantin, suivant Eusèbe lui-même, participait aux divins mystères lorsqu'il était encore en parfaite santé. L'évêque de Césarée, danrf l'éloge de ce prince prononcé devant lui à la fête des tricennales, le loue d'avoir substitué aux sacrifices sanglants que ses prédécesseurs offraient aux idoles en de pareilles occasions, le seul sacrifice digne du vrai Dieu, c'est-à-dire évidemment le sacrifice eucharistique de la loi chrétienne. Pour faire juger de la valeur de ce nouvel argument, nous n'aurons qu'à mettre sous les yeux du lecteur le véritable texte du passage cité. Le voici, traduit aussi littéralement que possible : * Seul parmi ** tous ceux qui ont gouverné l'empire romain,
* honoré déjà par Dieu, le souverain universel, ** d'un troisième retour de l'anniversaire décen- ** nal de son élévation à l'empire, il n'a pas voulu " célébrer cette fête en y faisant présider les
* esprits de ce monde, comme on le pratiquait ** anciennement. Il n'y a pas évoqué les fantômes ** des démons séducteurs d'une aveugle multi- ** tudê, ni donné libre carrière aux impostures " d'hommes impies. Il n'a pas souillé le palais en ** y faisant couler des flots d'un sang corrompu ** ni en faîssmt monter la fumée et le feu des " holocaustes pour apaiser les génies de la terre ; ** mais il a consacré au souverain Seigneur de " toutes choses la victime qui lui est vraiment