CHAPITRE X
nus, aussi bien que tous les intermédiaires qui ont dû le faire parvenir jusqu'à Tépoque où on peut le constater. Les suppositions favorables ou défavorables à son autorité ont beau jeu dans un si vaste champ. Aussi ne s'en fait-on pas faute. A voir comment la tradition est traitée par les divers auteurs ou même en différents endroits d'un même livre, on serait bien embarrassé de marquer le degré de confiance que la science lui accorde. Tantôt célébrée comme la gardienne incorruptible de la vérité, tantôt honnie comme la complaisante nourrice de toutes les fables qu'enfante l'imagination populaire, elle se voit tour à tour acceptée d'enthousiasme et rejetée avec un insultant mépris.
Une telle divergence de sentiment manifeste d'ordinaire la nécessité d'appliquer le vieil adage : In medio virtus. C'est bien le cas ici. On a beaucoup exagéré dans les deux sens. La tradition n'a fait à la science ni tout le bien ni tout le mal qu'on lui a attribué. Elle occupe une place fort modeste dans l'arsenal de la critique, mais il y aurait de l'injustice pour celle-ci à méconnaître les services qu'elle en a reçus et qu'elle peut en attendre encore.
Préciser la nature de ces services et déterminer ainsi la règle à suivre dans l'usage des indications de la tradition, tel est le but que nous nous pro-
posons dans ce chapitre et dans le suivant Pour y arriver, il faudra se résigner à quelques détours. Nous rencontrerons, chemin faisant, plus d'une idée vague à éclaircir, plus d'un malentendu à écarter, peut-être quelque erreur à redresser. Force est bien de s'arrêter un peu à tout cela. Ce n'est guère, hélas ! en général, qu'au prix de longs tâtonnements et par l'expérience de ses aberrations, que l'esprit humain parvient à fixer les théories qui doivent le guider dans la recherche de la vérité.
Commençons par prévenir les alarmes des âmes pieuses qu'une discussion sur l'autorité de la tradition orale pourrait faire trembler pour la sécurité de leur foi. Cette tradition, en effet, ne partage-t-elle pas, avec la Sainte Écriture, la mission de nous faire connaître les docitines révélées? Et par conséquent, le chrétien peut-il consentir à laisser mettre son autorité en question? Ne doit-il pas à jpriori l'affirmer et la proclamer bien haut? Supposer un doute à ce sujet, n'est-ce pas se mettre sur une pente bien dangereuse?
Qu'on se rassure. La tradition dogmatique du christianisme a, sur la tradition purement historique ou humaine, des avantages qui empêchent d'établir aucune solidarité entre elles. Il sera facile d'en donner brièvement la preuve.
Toute l'économie de nos croyances repose sur