CHAPITRE X
les faits suivants, dont la démonstration appartient aux traités de théologie. Jésus-Christ a conununique à ses apôtres le trésor des vérités surnaturelles qui devaient former Tobjet de la foi catholique dans la suite des siècles, et il n'y a eu depuis lors aucune révélation nouvelle qui ait augmenté le nombre de ces vérités. Elles ont été toutes transmises par les apôtres aux premiers fidèles, soit dans les livres de la Sainte Écriture, soit par un enseignement oral que leurs successeurs ont perpétué après eux. Mais le divin Maître ne pouvait pas abandonner son œuvre aux vicissitudes ordinaires des choses humaines. Il lui a imprimé un caractère de stabilité, qui seul suffit à faire reconnaiire la main qui Ta fondée. L'infaillibilité accordée tant à la foi de l'universalité des fidèles qu'aux enseignements de leurs pasteurs, ou, pour nous servir des termes consacrés en théologie, tant passive qu'active, voilà le sceau divin qui marque les doctrines de l'Église catholique. Elle seule, parmi toutes les institutions religieuses qui se disent chrétiennes, a toujours osé la revendiquer, et elle l'affirme aujourd'hui aussi énergiquement que jamais, sans se laisser effrayer par les protestations et les sarcasmes du rationalisme contemporain. Cette infaillibilité, nous n'avons pas besoin de le dire, ne consiste pas dans une perfection spéciale donnée à l'intelligence des catho-
liques ou des évêques; elle ne repose pas sur des révélations spéciales faites à chacun d'eux; il n'y a que l'ignorance et la mauvaise foi qui aient pu défigurer l'enseignement de l'Église jusqu'à lui attribuer une pareille signification. Mais elle résulte d'une assistance spéciale de la Providence • divine, qui empêchera toujours qu'il s'introduise aucune erreur dans les doctrines enseignées par le corps des pasteurs de l'Église, ou dans les croyances de ses membres; pour tout ce qui tient au domaine de la révélation.
Il est aisé de voir la conséquence de ces principes par rapport à l'autorité de la tradition catholique. Dès qu'il se manifeste, à une époque quelconque de l'histoire de l'Église, une doctrine universellement (1) acceptée par les fidèles ou proposée par les évêques comme appartenant au dépôt de la vérité révélée, il est tout à fait certain que cette doctrine a fait partie de l'enseignement apostolique. Une pareille manifestation du sentiment de l'Église, se produisant soit à l'occasion de l'apparition de quelque erreur dogmatique, soit à la suite de ce travail lent et progressif de l'esprit chrétien qu'on peut appeler dans un sens très vrai le développement des dogmes, est suivie de plus
(1) n ne s'agit évidemment pas d'une universalité absolue, mais d'ime universalité morale, qui n'exclut pas l'opposition d'une infime minorité.