CHAPITRE X
OU moins près d'une sentence solennelle d'un concile général ou ^u Saint-Siège. Mais cette sentence ne fait que constater officiellement le sentiment, le rendre certain pour tous et donner ainsi à la vérité admise le caractère d'im dogme défini, au sujet duquel le moindre doute volontaire n'est plus permis aux fidèles. Cet acte du corps des pasteurs ou de son chef constitue d'ailleurs l'exercice le plus éclatant du pouvoir d'enseigner et de veiller à l'intégrité du dépôt de la révélation, qui leur a été confié par le divin Instituteur de l'Église, et par conséquent, plus que tout autre, ou du moins plus évidemment que tout autre, il doit avoir le cachet de l'infaillibilité attachée à ce pouvoir.
Qu'on étudie les définitions dogmatiques émises à différentes époques. Partout apparaît le caractère que nous venons d'indiquer. Sans doute, aux premiers siècles, alors qu'on se trouvait moins éloigné de la génération qui avait appris la doctrine du Sauveur de la bouche même de ses disciples, c'était surtout à la tradition historique qu'on faisait appel, lorsqu'il s'agissait de définir une vérité de la foi momentanément ébranlée par les témérités de l'esprit humain. C'est aux témoignages de ceux qui avaient été le plus à même de bien connaître l'enseignement apostolique, qu'on demandait des lumières pour dissiper les ténèbres
amassées par Terreur, ou pour pénétrer plus avant dans l'intelligence des dogmes admis jusque-là par une croyance plus ou moins implicite et confuse. Cependant il est facile de s'assurer, en examinant avec quelque attention les premières discussions doctrinales et les actes des premiers conciles, que, dans ce temps-là même, le sentiment actuel de l'Église était en dernière analyse la principale base des jugements en matière de foi. S'il se présente moins souvent comme le motif immédiat et explicite de la définition dogmatique, son influence se fait sentir très clairement, pour un esprit perspicace, dans l'interprétation des textes qui semblent constituer ce motif. Examinés en eux-mêmes d'après les principes d'une sévère critique exégétique et historique, plusieurs de ces textes sont loin de nous apparaître aussi formels que paraissent les supposer les Pères qui les apportaient comme considérants de leur sentence. C'était le sentiment de l'Église qui complétait ce qu'il y avait de vague ou d'incertain dans l'expression de l'auteur allégué. Et en tout cas, ce sentiment et l'assistance spéciale du Saint-Esprit, garantie aux conciles et au souverain pontife usant de la plénitude de leur autorité doctrinale, assuraient une certitude infaillible à la conclusion, quelle que fut la valeur réelle des textes invoqués à son appui.