CHAPITRE X
N'est-ce pas aussi dans l'infaillible certitude de la connexion entre le sentiment actuel de l'Église et la doctrine apostolique que se trouve la principale force de l'argumentation de TertulUen dans son fameux traité De prœscriptianibus ?
N'est-ce pas cette même certitude qui fait la base du célèbre principe, énoncé par saint Augustin au commencement du v® siècle et toujours cité depuis comme une règle fondamentale dans les discussions dogmatiques : ** Ce qui est tenu par toute l'Église et s'est toujours conservé, sans avoir fait l'objet d'aucun décret de concile, est regardé à bon droit comme transmis par l'autorité des apôtres (1). ,
Mais c'est surtout dans les jugements doctrinaux de date plus récente, que se montre avec plus d'éclat la valeur de l'argument tiré du consentement actuel des pasteurs et des membres de l'Église à professer une vérité comme appartenant à la révélation. Il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir l'histoire des délibérations du concile de Trente, et la huHie IneffabîliSy par laquelle Sa Sainteté le Pape Pie IX a défini le dogme de l'Immaculée Conception. On ne peut s'empêcher d'être frappé du soin extrême apporté par les Pères du grand concile à ne rien insérer dans leurs canons
(1) S. Augustin. De Baptiêmo contra Donatistas, 1. lY,
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de foi qui ne fût conforme à renseignement unanime des écoles catholiques, et à éviter de trancher les questions qui s'y agitaient encore à l'état d'opinions librement controversées (1). Quant à la bulle IneffabUis, quoiqu'elle ne néglige pas de rappeler les textes de l'Écriture et ceux des Pères d'où l'on a depuis longtemps voulu conclure la vérité du dogme de l'Immaculée Conception, il n'est pas moins évident qu'elle s'appuie principa-
(1) Nous ne prétendons pas que la valeur du sentiment actuel de TËglise ait été le seul motif de la manière de procéder des Pères de Trente. Ds voulaient sans doute aussi éviter de compliquer leur travail, en s'abstenant de définir ce qui n'était pas nécessaire pour combattre les nouvelles hérésies, et rendre plus facile l'acceptation des décrets du concile. Cependant Fhistoire de leurs discussions ne laisse pas de doute, nous semble-t-il, sur l'importance qu'ils attachaient au consentement des Églises considéré comme expression de la tradition catholique. On peut remarquer d'ailleurs qu'ils ne se crurent pas obligés à la même réserve lorsque les principes de foi n'étaient pas en question. Ainsi, après qu'on se fut accordé sur le canon qui reconnaît à l'Église le droit d'établir des empêchements dirimants du mariage, le décret qui déclarait nuls les mariages clandestins, adopté par cent quarante prélats, fut maintenu malgré le vote contraire de plus de cinquante autres,parmi lesquels se trouvaient les légats Simonetta et Hosius, et auxquels s'adjoignit le P. Lainez, alors général de la Compagnie de Jésus (Pallavicini, Hist, Cane, Trid., 1. XXII; ch. iv). Cette opposition se manifesta, non seulement dans les congrégations générales, mais même dans la session solennelle (^« du concile) où les décrets sur le mariage furent promulgués (Pallav., 1. XXIII, ch. ix,n.l-5).