‹ Principes de la critique historiqueChapitre 86 sur 146 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

lement sur le développement progressif et de plus en plus éclatant du sentiment de l'Église par rapport à cette doctrine. Plusieurs des arguments sur lesquels elle s'étend avec le plus de complaisance paraîtraient d'un bien faible poids, s'il fallait les considérer seulement comme des preuves historiques de la conformité du dogme défini avec l'enseignement des apôtres.

Ce que nous avons tâché d'établir sur l'importance du sentiment de l'Église à ime époque quelconque n'autorise pas du tout à professer du dédain pour la théologie positive, qui a pour objet spécial l'étude de la tradition historique relativement aux dogmes chrétiens. Cette étude conservera toujours sa valeur. Outre l'intérêt qu'elle offre pour la science de la religion, elle est d'un puissant secours pour donner l'intelligence nette des définitions dogmatiques. Et cela d'autant plus que c'est par elle surtout et presque uniquement que se forme, sous la direction de la providence surnaturelle qui veille aux destinées de l'Église, le sentiment universel qui prépare ces définitions. En outre, elle nous permet de rendre raison de notre foi à ceux qui nous y provoquent, et surtout elle nous fournit d'excellentes armes contre les attaques des sectes hérétiques ou schismatiques, qui veulent néanmoins continuer à s'appeler chrétiennes. Toutes ces sectes sont fatalement ame-

nées, par la nécessité de justifier leur rébellion contre l'Église-mère, à accuser celle-ci d'avoir corrompu la doctrine primitive. L'étude des textes anciens démontre l'inanité de leurs reproches.

A la vérité, nous ne croyons pas que, dans l'état actuel de nos connaissances, la théologie positive soit à même d'établir avec un degré de certitude suffisant, la conformité de toutes nos croyances présentes avec celles de la primitive Église. Mais elle peut fort bien prouver, d'abord, que plusieurs des doctrines catholiques qui ont particulièrement donné lieu aux invectives des sectaires, comme par exemple celle de l'Eucharistie, sont clairement contenues dans l'enseignement apostolique, tel que nous le connaissons par les livres de l'Écriture et par les ouvrages des premiers Pères; ensuite, que pour aucun de nos dogmes, il n'y a eu, dans l'Église des premiers siècles, un sentiment moralement universel opposé à celui qui a été consacré plus tard par une définition solennelle. Cela suffit pour amener tout protestant, tout schismatique de bonne foi, à reconnaître la fausseté de l'accusation si habituellement portée contre l'Église romaine par les docteurs de sa secte, par suite à concevoir des doutes sérieux sur la légitimité de sa position devant cette même Église, et enfin à examiner les titres qu'elle possède à son respect et à son obéissance; ce qui doit entraîner sa conver-

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