‹ Principes de la critique historiqueChapitre 87 sur 146 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

sion, pour peu qu'il ait l'esprit droit et juste. Mais que la théologie prouve à Tévidence, et en s'appuyant uniquement sur TÉcriture Sainte et sur les autres monuments de la tradition primitive, la vérité de chacun des dogmes catholiques, c'est ce qu'on ne peut exiger d'elle, et, pour dire toute notre pensée, ce qui semble ne pouvoir s'accorder avec les intentions du divin Instituteur de l'Église, qui a voulu que chez elle seule et dans la soumission à son autorité infaillible, on trouvât l'apaisement de ses doutes et le repos de l'âme dans la possession certaine de la vérité. Ce n'est pas à propos de livres ou de monuments quelconques, c'est à l'autorité toujours vivante des Apôtres et de leurs successeurs, qu'il a dit : * Celui qui vous écoute, m'écoute ; et celui qui vous méprise, me méprise; » et " Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. „

Voilà, ce nous semble, nos comptes réglés avec la théologie, et tout danger de conflit écarté de ce côté. Mais certains auteurs pieux ne se contenteront peut-être pas de la réserve faite à l'endroit de la tradition dogmatique. Es exigeront encore que nous donnions une place à part aux traditions qui nous sont conservées dans les monuments et dans les usages des églises particulières. Sans revendiquer pour elles le caractère d'infaillibilité propre aux croyances de l'Église universelle, ils ne con-

sentiraient pas à les voir confondues avec ce qu'on appelle un peu dédaigneusement les traditions populaires, et prétendent y trouver des témoins généralement sûrs des faits qu'ils affirment.

D ne manque pas de raisons assez plausibles en faveur de ce sentiment. En effet, rien ne s'introduit dans les croyances et dans les usages d'une église que par la volonté ou du consentement du clergé qui la gouverne. Or, celui-ci se compose régulièrement des hommes les plus éclairés et les plus vertueux, et il regarde comme sa mission spéciale de veiller à la conservation des* doctrines et de la discipline antiques, qui ont à ses yeux un caractère sacré. Un tel corps doit être, et l'expérience apprend qu'il est en effet très jaloux de n'y laisser rien ajouter ou changer, à moins de motifs d'une force irrésistible ; et alors même le changement ne se fera guère sans des débats et des contradictions qui laisseront certainement des traces dans l'histoire. Ce corps d'ailleurs ne périt jamais entièrement. Il se perpétue par le renouvellement successif de ses membres; et ainsi se perpétue toujours vivante la tradition dont il est le gardien et l'interprète.

Ces considérations ont paru concluantes à quelques écrivains modernes. Es ne conçoivent pas comment, avec de tels éléments de sécurité, on peut conserver un doute au sujet de la fidélité de

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