‹ Principes de la critique historiqueChapitre 88 sur 146 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

la transmission. Aussi regardent-ils un pareil doute comme une impiété, et n'hésitent-ils pas à qualifier durement la témérité des critiques assez opiniâtres pour se croire en droit de le maintenir. A leur avis, il faudrait appliquer aux traditions ecclésiastiques en général, surtout lorsqu'elles sont consacrées par les monuments liturgiques d'une église particulière, le principe de saint Augustin que nous avons rapporté plus haut.

Il y a cependant des faits qui sont de nature à ébranler cette intrépide confiance. Ainsi, comment ne pas douter un peu de la vigilance efficace du clergé, lorsqu'on rencontre dans les anciens rituels des principales églises de France le détail des cérémonies plus que bizarres de la fête des fous, de celle de l'âne, et autres semblables joyeusetés, qu'on ne parvient, au quinzième siècle, à si^pprimer qu'à grand'peine, et encore grâce au concours de l'autorité royale (1) ? Comment s'expliquer qu'environ vingt églises se glorifient de posséder un des clous qui attachèrent Jésus-Christ à la croix, outre celle de Notre-Dame de Paris, qui en conserve trois dans son trésor (2) ? Que dire de la

- (1) Gomp. Du Gange, Glossar. (éd. Firmin-Didot), aux mots KalendXf Festum Asinorum,

(2) Gomp. Kraus, Der heilige Nagel in der Domkirche zu Trier, p. 85 et suiv. — On peut dire, sans doute, que plusieurs de ces clous sont du genre de ceux que saint Gharles

fête célébrée pendant si longtemps à Cologne en rhonneur du prétendu pape saint Cyriaque, qu'on disait avoir abdiqué la dignité pontificale au ni* ou au iv« siècle pour servir de guide à sainte Ursule et à ses compagnes, et avoir été martyrisé avec elles? Légende qui obtint tant de crédit, sur la foi des traditions de Téglise de Cologne, qu'elle fut adoptée et maintenue jusqu'au milieu du xvi® siècle, non-seulement par les chroniqueurs, mais encore dans le recueil des lois canoniques et dans le bréviaire romain (1).

Ces exemples et d'autres semblables montrent assez combien est peu décisive l'autorité des traditions d'une église particulière. Nous ne prétendons pas cependant refuser toute valeur aux considérations sur lesquelles on appuie cette autorité. Elles ji'ont qu'un défaut, c'est d'être trop incomplètes. Il est nécessaire d'y ajouter quelques réserves, qui, à vrai dire, restreignent notablement la portée de la conclusion. Ainsi il faut supposer que, dans chaque église, le corps du clergé a tou-

Borromée envoya à diverses églises, c'est-à-dire façonnés sur le modèle de Tun des saints clous véritables et mis en contact avec lui; ce qui suffit pour justifier l'honneur qui leur est rendu. Mais ce n'est pas ainsi que l'entendent généralement les traditions des églises qui les possèdent.

(1) Dans les éditions antérieures à la révision des leçons du Bréviaire par Baronius. Gomp. Act, SS. tom. IX Octob., p. 101.

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