‹ Principes de la critique historiqueChapitre 89 sur 146 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

jours été à la hauteur de sa mission; que, dans les temps de barbarie et d'ignorance à peu près générales, il a su se garder des entraînements de la crédulité et de la grossièreté populaires; qu'il a toujours mis sa principale sollicitude à ne pas permettre à ces vices de se glisser dans le sanctuaire, n faut encore supposer que,lorsqu'il s'est agi d'admettre une croyance très favorable à l'honneur ou aux intérêts de sa propre église, de son diocèse ou de sa province, ce corps n'a jamais pu s'aveugler, ni montrer la moindre faiblesse, comme il' arrive à tous les individus en pareil cas ; ou du moins, qu'il s'y est toujours rencontré assez d'hommes éclairés, indépendants, énergiques, pour combattre ouvertement, à leurs risques et périls, les opinions chaudement embrassées par leurs collègues et déjà passées à l'état de certitude dans l'esprit enthousiaste du peuple.

A qui est tant soit peu versé dans l'histoire du moyen âge, toutes ces suppositions ne laissent pas de donner lieu à quelque scrupule touchant les traditions reçues à cette époque dans les églises particulières. Peut-être alors ne sera-t-on guère disposé à leur accorder plus d'autorité qu'aux traditions populabes. Peut-être voudra-t-on, avant de reconnaître cette autorité spéciale à des traditions ecclésiastiques d'une date quelconque, — bien entendu toujours sous la réserve des traditions

dogmatiques, — pouvoir constater la présence de ces deux conditions : d'abord que, depuis la génération témoin des faits jusqu'à l'apparition de ces mêmes faits dans les traditions d'une église, celleci a été organisée et administrée selon toutes les règles ; en second lieu que, pendant le même laps de temps, son clergé s'est trouvé tellement composé qu'on ne puisse aucunement le suspecter d'avoir rien admis à la légère, rien dénaturé. Nous serions fort embarrassé, quant à nous, pour démontrer que ces prétentions sont excessives, et, sauf meilleur avis, nous croyons devoir nous y rallier.

Mais en faisant cette concession, disons aussi que, lorsque les deux conditions indiquées se trouvent réunies, les traditions ecclésiastiques acquièrent une importance très considérable, même pour la connaissance des faits de beaucoup antérieurs à l'époque où l'on peut constater leur existence. Elles devront quelquefois être mises presque au même rang que les documents contemporains et publics. Du reste on pourra, dans une certaine mesure, attacher cette importance à toutes celles qui se sont transmises dans des conditions analogues. Ainsi, on ne serait pas. en droit, ce nous semble, d'assimiler entièrement aux traditions populaires les souvenirs antiques qui se sont conservés dans certaines corporations sacerdotales de l'Egypte ou de l'Inde : ils seront plutôt

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