CHAPITRE II
L'étendue de l'octave est divisée diatoniquement par la position respective où se trouve chacune des notes de la gamme sur l'échelle diatonique.
8. Échelle diatonique. Disposition des notes de la gamme en deux suites de quatre sons (appelées Tétracordes par les Grecs) composées de deux tons consécutifs suivis d'un demi-ton. Exemple :
!"• Tétracorde 1 ton, 2"= Tétracorde.
Mode majeur.
I ton, 1/2 ton, 1 l(tii, 1 ton, l/'2 ton.
Disjonction des tétracordes.
Échelle. Les Grecs lui donnaient le nom de diagramme^ parce qu'ils représentaient les sons par les lettres de l'alphabet; seulement, leur échelle n'était composée que de quatre sons (ou tétracorde) qui étaient répétés de quarte en quarte , comme chez nous, d'octave en octave.
Les lettres (l) servaient de chiffres et de notes de musique ; jugez ({uelle foule de connaissances secrètes cela produisit : a, b, c , d, e, f, g , étaient les sept cieux. L'harmonie des sphères célestes était composée des sept premières lettres, et un acrostiche rendait raison de tout dans la vénérable antiquité.
Les Romains, à l'imitation des Grecs, notèrent aussi leur musique avec les lettres de l'alphabet , mais ils en retranchèrent une grande partie. Boëce établit l'usage de quinze lettres seulement, et le pape Grégoire réduisit ces quinze notes aux sept premières lettres de l'alphabet, que l'on répétait en diverses formes d'une octave à l'autre. Cette méthode subsista jusqu'au xr siècle, où Gui d'Arezzo inventa celle dont nous nous servons encore , après l'avoir perfectionnée. D'abord il donna aux notes représentées par des lettres le nom des premières syllabes de l'hymne de Saint-Jean- Baptiste, que les musiciens de cette époque chantaient pour invoquer le saint contre l'enrouement, etc.
Eu composant la g-amme. Gui n'inventa que six syllabes, quoiqu'elle eût sept notes. Pour nommer la septième, il fallait changer à chaque instant les noms des autres, embarras qui n'existe plus depuis l'invention du si, attribuée à plusieurs auteurs. (Voir le mot gamme, chapitre VIIL) Cette septième syJabe fut aussi appelée : ci, di, ni, za; bi, par bécarre, ha, par bémol : le si a prévalu.
9. Tétracorde. Sorte de lyre à quatre cordes dont se servaient les anciens. Il se disait aussi d'une suite de quatre sons par laquelle les Grecs divisaient l'étendue générale de leur échelle musicale. Ut, ré , mi, fa composaient un tétracorde.
Dans le mode mineur, la disposition des tons et demi-tons des deux tétracordes n'est pas symétrique.
l*^' Tétracorde. 1 ton. 2* Tétracorde.
Mode mineur.
PB
(Règle. )
I ton. 1/2 ton, 1 ton, 1/2 ton, I ton 1/2, 1/2 ton,
Disjonction.
2e Tétracorde.
(ExCEPTfO.N.)
!:ci:
1 ton, 1 ton, 1/2 ton,
Claude Monteverde distingua les deux modes, leur assigna à chacun le rôle important qu'ils remplissent dans l'économie musicale. Grâce à sa découverte, la tonique, la sous-dominante, la dominante et la sensible
(1) « Le pape saint Grégoire substitua nos lettres A B C D E F G aux lettres grecques, qui jusqu'alors avaient servi à la notation musicale. »
occupèrent chacune dans l'échelle majeure et mineure la place immuable que leur assigne la nature.
Règle. La sixte doit correspondre avec la tierce du mode, soit dans les degrés, soit dans les accords, Tune suivant la nature de l'autre spécialement dans les cadences, pour le lien harmonique, qui passe entre la première et la quatrième du ton (1).
On fait deux demi-tons dans la gamme diatonique (majeure) pour pouvoir retrouver l'octave juste de chaque son de la gamme, et pour que les sons qui la composent n'aient entre eux que des rapports justes et agréables pour l'oreille.
En effet, si l'on procédait toujours par tons, on ne retrouverait pas les octaves justes, et les sons seraient en rapports faux et désagréables pour l'oreille.
Exemple
=:z|;^— XQ^^
— I ■ etc.
Les deux demi-tons de la garnme diatonique sont donc une espèce de tempérament à l'aide duquel les sons se retrouvent en parfaits rapports avec les répliques ou octaves :
tel est le principe du système tonal.
10. Mode. Disposition régulière du chant et de l'accompagnement relativement à certains sons principaux sur lesquels une pièce do musique est constituée, et qui s'aj-»pellent les cordes essentielles du mode.
Le mode diffère du ton en ce que celui-ci n'indique que la corde ou le lieu du système
(1) A l'égard de la gamme mineure incomplète des Irlandais et des montagnards de l'F^cosse,
Zl—^t
zjazi^
-jsz^izjo:.
M. Fétis s'exprime ainsi : « One faire, » dit-il, « d'une harmonie semblable j\ celle de notre mode mineur « dans une gamme mineure dont le sixième degré est p/u*' èlcvè que le nôtre d'un demi-ton, et q^ii n'a « point de septième note. »
qui doit servir de base au chant, et le mode détermine la tierce et modifie toute l'échelle sur ce son fondamental.
Nos modes ne sont fondés sur aucun caractère de sentiment, comme ceux des anciens, mais uniquement sur notre système harmonique.
Les cordes essentielles au mode sont au nombre de trois , et forment ensemble un accord parfait :
V La tonique^ qui est la corde fondamentale du ton et du mode;
2" La dominante, à la quinte de la toniqiie;
3" Enfin la onédiante, qui constitue proprement le mode, et qui est à la tierce de cette même tonique.
Comme cette tierce peut être de deux espèces, il y a aussi deux modes différents. Quand la médiante fait tierce majeure avec la tonique, le mode est majeur ; il est mineur quand la tierce est mineure.
Le mode majeur est engendré immédiatement par la résonnance du corps sonore, qui rend la tierce majeure du son fondamental ; mais le mode mineur n'est point donné par la nature : il ne se trouve que par analogie et renversement.
L'échelle diatonique contient sept degrés auxquels correspondent les sept notes de îa gamme.
1 1 . Degré (du latin gradus) indique Ja position relative des notes écrites sur les lig'ues ou dans les interlignes de la portée.
Il ne faut pas confondre le degré avec le ton; car le même ton peut être indiqué par deux notes placées sur des degrés différents. Exemple : /« J et sol b, ut \? et A"2 fc|, etc. (1).
Dans la gamme normale, gamme type, où toutes les notes sont naturelles,
Les degrés conjoints ou diatoniques se suivent dans l'ordre ordinaire de la gamme montante ou descendante.
Les degrés disjoints sont placés à de plus grands intervalles, comme la 3% la 5% etc.
12. Tonalité. Ordre de faits mélodiques et harmoniques qui résulte de la disposition des sons de nos gammes majeures et mineures.
La résonnance des harmonies 'propres à chaque degré de la gamme détermine la tonalité.
(1) Ces notes, dans notre système harmonique tempéré, sont appelées synonymes ou enharmoniques.
La note principale du ton étant appelée tonique, les autres notes de la g-amme ont aussi reçu des dénominations particulières. Ainsi, dans le ton (ïut :
Ut est la tonique, ou l^"" deg'ré {!), prima ou première note (2).
Re\ la sus-tonique, ou 2^ degré, seconde ou 2" note.
Mi, la médiante, ou 3« degré (3), tierce ou 3« note.
Fa, la sous-dominante, ou 4*^ degré, quarte ou 4" note.
Sol, la sus-dominante, ou 5^ degré (4), quinte ou 5^ note.
Za, la dominante, ou 6" degré, sixte ou 6^ note.
Si, la note sensible (5) , ou 1^ degré, septième ou 7" note.
Le nom de chaque degré caractérise la fonction qu'il remplit, par rapport au rang qu'il occupe sur l'échelle diatonique.
13. Gamme. Le mot gamme exprime une succession de sons, ascendants ou descendants, dans l'étendue de l'octave.
Il y a plusieurs sortes de gammes, déterminées par l'ordre dans lequel les sons qui les composent sont disposés.
On borne le nombre des sons à ceux qui composent un certain système; on borne aussi par là le nombre des intervalles à ceux que ces sons peuvent former entre eux.
On peut, dans l'octave, distinguer douze sons différents placés à égale distance l'un de l'autre : c'est ce que l'on nomme des demi-tons , et leur série continue forme la gamme chromatique A.
Mais cette série peut se simplifier et se réduire à sept sons principaux, qui constituent la gamme ou échelle diatonique B.
Par dièses.
Par bémols. J ^^ e*~^'
lor^rH)
:^,^-o-bczo:
(1) Parce qu'elle donne son nom au ton.
(2) Noms positioiiiicls des notes.
(3) Parce qu'elle est intermcdiaiic entre le f' son et le .')■• dans l'accord parlait.
(i) Parce qu'elle se trouve dans un i;rand nond)rc de eomi)ii)aisons d'iKuinoiue, et ({.l'elle est le pivot de la mélodie.
(5) Lorsipi'elle a une tendance asctMidante vers la toniijue, ou 7'' d(>i,Mé dans les autres cas.
(G) Les sons (principaux éléments de la musique), dans notre système liarmotuciue tempéré, sont au nombre de douze, après lesquels viennent les e<iuisoni , ou répétitions aiguës des mêmes sons. Kn conséquence, le treizième son est la réplique étpiisonnanle du premier (^t, suivant l'ordre de l'échelle, s'appelle octave.
(7) Delà restriction des iulcrvallrs se fornient les cimi tnns el les deux denn-ton.>« diatoniques (jui , inclusivement avec le treizième son, constituent la progression naturelle des huit degrés conjoints représentés par les notes do, n\ im\ f<i, .vo/, lu, si, (in, appcdée échelle (liatoniquc, et dilVérentc de l'échelle chromatique, ainsi luunjuée par lallération que ses degrés reçoiNenl accidentellement par les dièses ou par les béiUtds.
La possibilité d'une multitude infinie de sons, différente d'intonation, dans la production des phénomènes sonores, ne peut être mise en doute; or, dans cette multitude, les différences infiniment petites d'un son au son voisin, inférieur ou supérieur, n'affectent la sensibilité que d'une manière confuse, et l'intelligence ne peut conséquemment en déterminer les intervalles. Pour arriver à la formation d'une échelle de différences perceptibles et mesurables, l'esprit doit choisir les sons dont les intervalles sont appréciables, et négliger les intermédiaires : dans cette opération, il est évident qu'il procède par voie d'élimination. C'est ainsi que l'ouïe parvient à sentir nettement et l'intelligence à discerner et à mesurer, par exemple, les différences de sons placés à des intervalles d'un quart de ton.
Étendant ensuite l'opération de l'élimination aux quarts de ton, l'intelligence arrive à la conception d'une échelle chromatique composée de demi-tons.
L'existence de l'intervalle du ton, dans la musique, ne peut donc se comprendre que par l'élimination d'une multitude d'intervalles plus petits, notamment de celui du demi-ton.
Si cette dernière élimination a lieu dans la gamme diatonique entre certains sons déterminés et ne se fait pas ailleurs, c'est que ces conditions répondent aux nécessités de certaines formes d'art; or, on ne peut nier que les formes de l'art sont le produit des difficultés sentimentales et intellectuelles de l'homme.
14. Ton. Le ton est un intervalle qui caractérise le système et le genre diatonique : c'est, par exemple, la mesure de l'intervalle qui existe entre ul et ré, réc,t mi, etc.
Le ton se divise en deux parties inégales auxquelles on donne le nom de demi-ton (ou semi-ton) diatonique ou cîiromatique.
Quand nous parlons de la division du ton, nous n'entendons plus le son particulier de chaque note, mais l'intervalle qu'il y a de Vut au ré, du ré au mi, ce qu'on aurait pu nommer très-naturellement \nipas, ou, par un composé grec, un diaton, et sous-pas un demi-ton.
Le ton est composé de neuf commas ;
Le demi-ton chromatique de cinq commas, et le demi-ton diatonique de quatre.
15. Comma. On appelle comma l'intervalle presque inappréciable à l'oreille qui existe entre ut #, par exemple, et ré b, entre mi J et/« h], etc.
Lorsque l'on procède par comma, comme &'ut J à ré\?, ou de ré\> à ut%, etc. , on détermine le genre enharmonique.
Échelle diatonique. On donne le nom d'échelle diatonique à la succession des notes naturelles du ton de la gamme écrite :
GAMMES ou ÉCHELLES DIATONIQUES.
Mode "yr — :
majeur. \y^ ^ ^ c-v:3~n:cszizzi^^zz:zi^
:ci:
ur. M
Mod
mineur. ^Ç^ — ^ fc-— r^ e> ^^^
fe==Ei:
:ci;
La gamme chromatique procède par demi-tons chromatiques et diatoniques